UCB embauche des fantômes


Lundi 26 janvier 2009, Erik Rydberg, 1970 signes.
Cet article a été visité 116 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

Le schéma est classique. Les affaires vont mal à l’Union chimique belge (UCB) et il faut rassurer les investisseurs qui ont vu le titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende ou intérêt).
(en anglais : financial security)
chuter de 34% en un an ? Donc, plan de restructuration, ici baptisé "Shape", pour dégager sur trois ans 300 milliards d’euros. Comment ? En dégraissant, suppression de 2.400 emplois, dont 555 en Belgique. Cela ne sera pas présenté ainsi. On dira, pour masquer le sauve-qui-peut, à défaut de posséder une stratégie industrielle, qu’il s’agit de "se focaliser" sur le "core business", la pharmacologie, dixit le PDG Roch Doliveux. Dans l’économie casino, c’est un mouvement de balancier bien connu. Lorsque les profits sont au rendez-vous, on vante l’expansion externe et les rachats d’entreprises ; et lorsque cela va mal, on découvre soudain les vertus d’un repli sur les métiers qui sont au cœur de l’entreprise... A l’UCB, l’affaire a cependant pris une tournure inattendue. Car, sur le site de Braine-l’Alleud, où 425 emplois doivent disparaître, les syndicats ont découvert que l’UCB emploie, pour un coût allant de 300 à 2.000 euros par jour et par travailleur, quelque 600 fantômes : des consultants et des contractuels, certains occupés depuis sept ou huit ans, qui ne sont répertoriés nulle part. La seule trace officielle de leur présence se trouve sur le listing des formations en sécurité que tout employé du site doit suivre – c’est sur cette base que les syndicats ont obtenu le chiffre de 600 – et qu’ils réclament des précisions à la direction, en vain. A l’anecdote, il y a une morale, ambiguë. La CNE, le syndicat des employés de la CSC, par la voix de Jean-Raymond Demptinne, espère en effet "sauver" des emplois à Braine en confiant des missions remplies par ces fantômes au personnel de l’UCB – donc épouser la logique patronale de division des travailleurs, statutaires contre contractuels. Rien n’est simple.

Souce : Trends-Tendances du 4 septembre 2008.