Les travailleurs paralysent Solvay, c’était en 1980


Lundi 12 janvier 2009, Erik Rydberg, 2550 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Dans le livre d’entretiens que Jérémie Detober a réalisé avec les syndicalistes Jean-Marie Piersotte (CSC) et Paul Lootens (FGTB), la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
belge Solvay (valeur boursière 2007 : plus de 8 milliards d’euros) est évoquée par deux fois, d’abord comme laboratoire de l’internationalisme ouvrier et, ensuite, en tant qu’exemple de créativité syndicale. C’est en effet dès les années septante que, anticipant et hâtant la création des comités d’entreprises européens (1974), les travailleurs de Solvay se sont organisés en un comité transnational associant des syndicalistes communistes, socialistes et chrétiens de Belgique, d’Italie, d’Espagne, de France et du Portugal. Une première, à l’époque. Et c’est en 1980, confrontés à une fin de non recevoir de la direction de négocier leurs revendications, que les deux syndicats des employés chrétiens et socialistes belges (Setca et CNE) sont passés à l’offensive par une méthode qui a enrichi, de manière peu orthodoxe, l’arsenal des moyens de lutte syndicale. Ils ont pris possession de l’ordinateur central de Solvay à Bruxelles durant une occupation qui s’étendra sur cinq jours. L’arme était redoutable. S’il venait aux forces de l’ordre l’idée d’essayer de les en déloger, faisaient savoir les grévistes, ils videraient les extincteurs sur les ordinateurs. La menace eut le don de ranger la direction à l’argument. Elle accepta de négocier. La leçon, consistant à toujours repérer le maillon faible de l’adversaire, sera illustrée, mais à rebours cette fois, lors de l’occupation par les travailleurs, en mars 2000, de l’usine Bombardier de Manage (Hainaut), que la direction canadienne de la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
avait décidé de rayer d’un trait de plume et, pour court-circuiter toute action syndicale, d’en déconnecter au préalable – d’un coup de manette au siège brugeois de la multinationale – tout le réseau électronique : écrans noirs, ordinateurs morts et inaccessibles, zéro courrier électronique et idem pour tout le capital intellectuel produit par les ingénieurs de Manage, tout avait été effacé à distance, Manage n’était plus qu’une coquille vide... Comme quoi il faut repérer le point névralgique, le maillon faible, de l’adversaire. Un syndicaliste averti en vaut mille.

Source : "Tous ensemble ! – Réflexions sur l’avenir des syndicats", Detober, Piersotte et Lootens, Editions Couleur Livres, Charleroi, 2008 et
le journal Le Matin des 30 et 31 mars 2000.