Hold-up salarial made in USA


Lundi 12 janvier 2009, Erik Rydberg, 1591 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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La mise à mort du Chicago Tribune est tellement caricaturale qu’elle mérite de figurer aux annales... du capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
made in USA. Ce vénérable journal – 161 années d’existence – a déposé son bilan fin 2008. Sur le carreau, les journalistes. Et pas un peu. Peu auparavant, par un caprice de garçon fortuné, le magnat de l’immobilier américain, Sam Zell, s’était en effet porté acquéreur du journal pour 8,2 milliards de dollars. Comment ? Pas en allongeant de la monnaie Monnaie À l’origine une marchandise qui servait d’équivalent universel à l’échange des autres marchandises. Progressivement la monnaie est devenue une représentation de cette marchandise d’origine (or, argent, métaux précieux...) et peut même ne plus y être directement liée comme aujourd’hui. La monnaie se compose des billets de banques et des pièces, appelés monnaie fiduciaire, et de comptes bancaires, intitulés monnaie scripturale. Aux États-Unis et en Europe, les billets et les pièces ne représentent plus que 10% de la monnaie en circulation. Donc 90% de la monnaie est créée par des banques privées à travers les opérations de crédit.
(en anglais : currency)
sonnante et trébuchante. Mais en s’endettant et ce, non sur ses fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
propres, mais en plaçant en garantie... l’épargne-pension des journalistes. Qui se retrouvent donc aujourd’hui sans emploi et, troquées contre leur épargne, avec des actions qui ne valent plus rien. Cette jolie et juteuse opération a été rendue possible grâce à la complicité du PDG, qui s’est vu récompensé de quelque 40 millions de dollars, mais aussi des banques Citigroup et Merrill Lynch qui, mangeant aux deux râteliers, ont gagné quelque 100 millions en tant que consultants du Tribune et banquiers de Zell, mais aussi de Morgan Stanley qui a livré un audit Audit Examen des états et des comptes financiers d’une firme, de sorte à évaluer si les chiffres publiés correspondent à la réalité. L’opération est menée par une société privée indépendante appelée firme d’audit qui agrée légalement les comptes déposés. Quatre firmes dominent ce marché : Deloitte, Ernst & Young, KPMG et PricewaterhouseCoopers.
(en anglais : audit ou auditing)
de feu vert à l’opération, dont coût 7,5 millions, mais aussi, enfin, de l’agence Valuation Research Corp qui a rendu un mirifique (et foireux) avis de solvabilité Solvabilité Rapport de long terme pour savoir si la firme peut structurellement supporter les charges financières qu’elle doit assurer de par son activité ; c’est sa capacité à rembourser les dettes qu’elle contracte.
(en anglais : solvency)
pour un million de dollars. Les journalistes ont intenté une action en justice. Au mieux, elle leur permettra de gagner quelques places dans la longue file des créanciers de la faillite.

Source : International Herald Tribune, 10 décembre 2008.