Crise et compétitivité : la leçon irlandaise


Newsflash n°70

Jeudi 7 octobre 2010, Erik Rydberg, 2401 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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On jugera sans doute ironique que la presse financière soit la plus acerbe. "On peut presque parler de la loi d’airain des crises financières : la dette privée devient publique", écrit Stephen Fidler dans le Wall Street Journal [1/10/2010]. En cause la décision du gouvernement irlandais de présenter aux contribuables l’ardoise des folies de son système bancaire privé, près de 50 milliards d’euros, une paille. Voilà qui dessine, note Wolfgang Münchau dans le Financial Times [1/10/2010], dix ans de misère matérielle et sociale pour la population (stagnation, émigration massive) sans garantie de reprise d’une croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
hypothétique censée enclencher un retour à la normale. D’aucuns jugent dans ces colonnes que cette socialisation brutale des pertes est une erreur, qu’il aurait fallu plutôt envisager de mettre les banques en faillite – et que les responsables du gâchis se débrouillent entre eux. Après tout, l’Anglo Irish Bank, la banque spéculative numéro un, ne représente qu’un petit nombre de personnes : plus de la moitié de ses prêts (passés de 3 à 73 milliards d’euros entre 1998 et 2008) a été accordée à une poignée de dix opérateurs immobiliers, et les créances protégées, formant le gros de la dette obligataire, sont logées chez un nombre limité d’investisseurs institutionnels européens, mais pas touche ! Donc, la majorité, une population entière, payera les pots cassés pour une minorité, des spéculateurs. Il y a plusieurs explications. Elles ne se contredisent pas. Primo, liquider l’Anglo Irish, ex-fleuron du PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
irlandais (la banque en représentait 50% au début de la crise), serait admettre que le "Tigre celtique" n’avait en réalité été qu’une bulle, une fiction. Les marchés n’aiment pas entendre ce genre de message. Secundo, il y a la corruption. Elites politiques et élites bancaires vont aux mêmes cocktails : entre amis, on ne va pas se flinguer. Tertio, la cure d’austérité Austérité Période de vaches maigres. On appelle politique d’austérité un ensemble de mesures qui visent à réduire le pouvoir d’achat de la population.
(en anglais : austerity)
radicale que cette dette privée nationalisée (elle représente 30% du PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
) a entraînée sera source de compétitivité. Le coût horaire des salaires irlandais, note Stephen Fidler, a chuté de 4% en 2009, comparé à une hausse moyenne de 2% sur le continent, et c’est d’évidence avantageux, d’autant que, vu les dix ans de misère programmés, l’écart va se creuser. Avantageux pour qui ? On laisse à chacun en tirer la morale.