Amazon.com, travail indécent en ligne


Dimanche 21 décembre 2008, Erik Rydberg, 1780 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Chacun connaît l’histoire fabuleuse d’Amazon.com, le numéro un mondial du commerce en ligne. Démarré par Jeff Bezoz dans son garage à Seattle en 1995, le business aligne aujourd’hui 81 millions de clients et un chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
de 19 milliards de dollars. Le rêve américain incarné. Chacun peut, avec un peu d’esprit d’entreprise, créer sa propre multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
. C’est la façade. Car l’affaire a un prix, social. Dans les entrepôts gigantesques qu’Amazon gère en Grande-Bretagne, révèle le Sunday Times, les employés – la plupart temporaires – risquent le renvoi s’ils tombent malades. Ils travaillent sept jours sur sept, dont dix heures et demie la nuit du samedi au dimanche, doivent atteindre des objectifs irréalisables (emballer 140 cartons par heure) en se déplaçant chaque jour plus de 20 kilomètres dans les rayonnages et sont soumis à un infernal système de points où toute défaillance rejaillit négativement sur la rémunération de l’équipe entière. Tout cela pour un salaire de misère, 6,7 euros de l’heure, à peine plus que le salaire minimum – sans compter le prix de la navette (9 euros) pour rejoindre l’entrepôt en bordure d’autoroute que Quest, le pourvoyeur de main-d’œuvre temporaire, fait payer à ces esclaves des temps modernes : si pareil scandale avait lieu dans le Tiers-monde, il donnerait sans doute lieu à des campagnes, des boycotts, des actions urgentes et des pétitions. Que dit le porte-parole britannique d’Amazon ? A peu près ceci : qu’il n’y a là rien d’illégal et que si les gens ne veulent pas travailler de longues heures, rien ne les oblige à postuler chez Amazon. Cela donne comme envie de rester fidèle à son petit libraire...


Source : The Sunday Times, 14 décembre 2008.