Fortis : l’Etat a du bon…


Mardi 30 septembre 2008, GRESEA ASBL, 3365 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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A première vue, c’est presque une histoire pour rire. Au printemps 2007, Fortis voyait grand et, associé à deux autres banques, s’imaginait participer au festin de la mise à mort suivie du partage des actifs de sa consoeur néerlandaise ABN-Amro. Montant de la mise dans ce coup de poker : 71 milliards d’euros, dont 24 milliards à charge de Fortis. Un an plus tard, septembre 2008, Fortis en est, pour éviter la déroute, à quémander l’aide de l’Etat belge, qui s’est empressé, sur fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
publics, d’allonger près de 5 milliards d’euros par le biais d’un "prêt" prenant la forme – on est créatif quand on veut – de participations au capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
. Entre ces deux dates, Fortis a découvert que l’argent ne poussait pas sur les arbres, que les montants investis dans les titres toxiques et pourris de l’immobilier américain plombaient ses comptes à hauteur de quelque 42 milliards d’euros et que, après en avoir levé 14 par des augmentations de capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
successives, les "investisseurs" n’étaient plus au rendez-vous : la dernière émission d’actions préférentielles de 8 milliards (excusez du peu) annoncée en juin 2008 n’a pas trouvé de preneur. Le contraire eût été étonnant. En un an, la valeur du titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende ou intérêt).
(en anglais : financial security)
Fortis a perdu 72% de sa valeur sur des créances qui, au total, s’élèvent à 871 milliards d’euros, soit plusieurs fois plus que le produit intérieur brut Produit intérieur brut Ou PIB : Richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
de la Belgique. La main secourable est, donc, venue des gouvernements belges, luxembourgeois et néerlandais, qu’il n’a pas fallu pousser très fort pour se rendre à l’argument massue : Fortis est le premier employeur privé de Belgique (85.000 salariés) et, s’il devait partir en fumée, il en irait de même avec les 94 milliards d’euros mis là en dépôts par des épargnants, petits et grands. Comme quoi "l’interventionnisme de l’Etat", tant décrié par les opérateurs privés qui ne jurent que par le libre jeu du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
, a parfois du bon. Surtout lorsqu’il s’agit d’éponger les pertes. Lorsque cela marche, prière de nous laisser tranquille.


Source : Financial Times des 29 et 30 septembre 2008 et Les Echos du 29 septembre 2008.

... et, à la date du 15 octobre 2008, comme notent Les Echos, Fortis a vu ses activités néerlandaises reprises par les Pays-Bas et ses branches belgo-luxembourgeoises avalées par BNP Paribas en laissant subsister, à la Bourse Bourse Lieu institutionnel (originellement un café) où se réalisent des échanges de biens, de titres ou d’actifs standardisés. La Bourse de commerce traite les marchandises. La Bourse des valeurs s’occupe des titres d’entreprises (actions, obligations...).
(en anglais : Commodity Market pour la Bourse commerciale, Stock Exchange pour la Bourse des valeurs)
de Bruxelles, une compagnie d’assurances croupion, virtuellement sans cash après remboursement de sa dette obligataire, qui va devoir se dépatouiller avec un "portefeuille Portefeuille Ensemble de titres détenus par un investisseur, normalement comme placement.
(en anglais : portfolio).
radioactif" de 10,4 milliards d’euros. Comment ? Avec son "ruisselet de bénéfices", 157 millions en 2007 ? Mission impossible, naturellement. Les investisseurs ont plongé la capitalisation de Fortis 60% en dessous du niveau de ses fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
propres. Conclusions des Echos : "Si le contribuable belge paie l’une des factures les plus lourdes à l’éclatement de la bulle financière Bulle financière Apparition d’un écart soutenu entre valorisation boursière des titres d’une entreprise (ou d’un actif) et leur valeur économique fondamentale, ce qui laisse supposer l’agissement d’une spéculation pour faire monter artificiellement ces cours. De ce fait, la demande de titres est soudainement forte et de manière prolongée, ce qui tire les cours à la hausse, chaque investisseur espérant réaliser une plus-value de l’achat puis de la vente de ces avoirs avant que le marché ne s’effondre. A un moment donné, la bulle se transforme en krach, car les investisseurs se rendent compte que l’écart obtenu est devenu ingérable et qu’il vaut mieux vendre, avant le retournement du marché (ce qui, de fait, précipite sa chute). L’évolution quotidienne des cours prend alors la forme d’une courbe grimpant jusqu’à un pic, puis déclinant rapidement et inexorablement, c’est-à-dire la forme d’une bulle.
(En anglais : financial bubble)
(11,4 milliards d’euros, soit 3,2% du PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
), l’actionnaire Actionnaire Détenteur d’une action ou d’une part de capital au minimum. En fait, c’est un titre de propriété. L’actionnaire qui possède une majorité ou une quantité suffisante de parts de capital est en fait le véritable propriétaire de l’entreprise qui les émet.
(en anglais : shareholder)
de Fortis est en droit de trouver que le roi est nu après l’évaporation d’une cinquantaine de milliards d’euros de valeur boursière en seize mois." Pour une société qui, en 2007, figurait parmi les trois locomotives du Bel-20 à la Bourse Bourse Lieu institutionnel (originellement un café) où se réalisent des échanges de biens, de titres ou d’actifs standardisés. La Bourse de commerce traite les marchandises. La Bourse des valeurs s’occupe des titres d’entreprises (actions, obligations...).
(en anglais : Commodity Market pour la Bourse commerciale, Stock Exchange pour la Bourse des valeurs)
de Bruxelles (avec Dexia et Suez), c’est une époustouflante performance.

(Les Echos, 15/10/2008)