EDF : monopoly énergétique en temps de crise


Mardi 30 septembre 2008, GRESEA ASBL, 2726 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Mercredi 24 septembre 2008, les différentes places boursières voient rouge, Electricité de France (EDF), lui, annonce l’acquisition de British Energy, principal producteur nucléaire britannique pour une somme qui pourrait atteindre 15,9 milliards d’euros. Pour financer ce rachat, l’électricien français va emprunter près de 14 milliards d’euros à un consortium Consortium Collaboration temporaire entre plusieurs entreprises à un projet ou programme dans le but d’obtenir un résultat.
(en anglais : consortium)
de banques composé de BNP Paribas, Société Générale, Calyon (filiale du Crédit Agricole), HSBC, Royal Bank of Scotland, Barclays Capital et Mitsubishi UFJ. Amusant. Car chaque banque devra se porter garant de l’opération à hauteur de 2 milliards d’euros alors que certaines peinent à se refinancer… elles-mêmes ! Par les temps qui courent, l’opération à un léger parfum de provocation.

Autre sujet d’inquiétude, syndical celui-là : l’âge avancé des installations de British Energy. EDF a payé le prix fort pour un parc nucléaire vétuste. Entre fuites et fissures, sur le premier trimestre 2008, l’électricien britannique a ainsi fait état d’une chute de 27% de sa production et de 68% de son bénéfice net Bénéfice net Profit déclaré d’une société après avoir payé les intérêts sur les charges financières, comptabilisé les amortissements et réglé l’impôt des sociétés sur les bénéfices.
(en anglais : net income)
. Selon les syndicats, ce n’est pas la première fois qu’EDF se lance dans des conquêtes hasardeuses. Entre 1996 et 2003, EDF a pris peu à peu le contrôle de l’électricien brésilien Light (jusqu’à 94,5% des parts en 2003). Une fois sous le drapeau tricolore, l’entreprise brésilienne allait devenir la championne de la hausse tarifaire avec une augmentation de 115% entre 1995 et 2000. L’objectif d’EDF : rentabiliser son investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
au plus vite. Cette pratique ne fut pas du goût de l’État brésilien qui intervint pour bloquer les prix et faire boire la tasse à l’électricien français qui, depuis, s’est quasiment délesté de cette participation trop onéreuse. Les consommateurs anglais ou les travailleurs du groupe français ont donc du souci à se faire car, outre le prix d’achat, EDF compte déployer 4 centrales nouvelles générations (EPR) outre-Manche à partir de 2017. Coût de l’opération : 15 à 20 milliards d’euros… Enfin, pour les amateurs de puzzle, cette opération franco-britannique risque dans un futur proche d’avoir des ramifications en Belgique. En effet, pour faciliter le financement de son opération, EDF vendrait 25% de British Energy à son confrère anglais Centrica. Sitôt acquis, sitôt en partie vendu. En échange, EDF remettrait le pied sur le sol belge en récupérant une partie de SPE (Luminus) que Centrica lui avait "chipé" le 22 juillet 2008. Il y a quelqu’un pour démêler la pelote ?


Source : Les Echos du 24 et du 25 septembre 2008 et Le Soir du 30 septembre 2008.