General Motors ? La faillite de l’Entreprise-providence…


Mardi 23 septembre 2008, GRESEA ASBL, 2299 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Déjà entendu parler du "traité de Detroit" ? Il signe, en 1950, le premier contrat d’entreprise quinquennal entre General Motors et le puissant syndicat de l’automobile UAW (United Automobile Workers) – et explique pour une bonne part les déboires que le constructeur automobile américain connaît aujourd’hui. Il en est, en 2008, à sa troisième année successive de pertes et se voit contraint, pour la énième fois, d’actionner sa ligne de crédit Ligne de crédit Possibilité pour un client d’une banque de pouvoir emprunter jusqu’à un certain montant fixé par l’accord de la ligne ; cela permet pour une entreprise de payer rapidement toutes les dépenses à court terme (factures, salaires, etc.). pour mener à bien restructuration et remboursement de ses dettes. 1950, en effet, est l’année où General Motors accepte de financer lui-même les pensions et soins de santé de son personnel, une charge écrasante qui, de 1993 à 2007, va représenter un montant de 103 milliards de dollars et, comme le reconnaît GM dans son dernier rapport annuel, "un désavantage compétitif et de cash-flow dramatique". Pour comparaison, durant ces quinze années, GM ne déboursera que 13 milliards à ses actionnaires et propriétaires. Ces faits sont rapportés par Roger Lowenstein, auteur d’un livre dont le titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende ou intérêt).
(en anglais : financial security)
à lui seul mérite de figurer dans les annales : "Tandis que les États-Unis vieillissaient – Ou comment la dette des pensions a ruiné General Motors, mis à l’arrêt le métro de NewYork, provoqué la faillite de San Diego et planté les germes de la prochaine crise financière". Le piquant de l’affaire, comme conte Lowenstein, est que le patron de l’UAW, Walter Reuther, aurait de loin préféré, à l’époque, que pensions et soins de santé soient organisés, comme en Europe, par les pouvoirs publics. Il avait invité les dirigeants de GM à se joindre à lui "pour marcher sur Washington et défendre ensemble" ce dossier. C’était, à l’entame de la guerre froide, un langage qui passait mal. Le patronat ne voulait pas entendre d’une sécurité sociale "socialisée". D’où, au lieu, un système négocié de pension privatisé fondé sur ce que Lowenstein appelle "l’entreprise-providence". Depuis les années 1990, General Motors et les autres constructeurs d’automobile américains qui ont suivi le mouvement s’en mordent les doigts. Un peu tard pour faire marche arrière…


Sources : International Herald Tribune du 11 juillet 2008 et Les Echos du 22 septembre 2008.