La justice condamne la délocalisation Arena


Lundi 22 septembre 2008, GRESEA ASBL, 1859 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Même si l’affaire a fait peu de bruit dans la presse belge, le jugement rendu le 8 septembre 2008 par le tribunal du travail de Libourne (en Gironde, près de Bordeaux) fera date. Arena est un fabricant de maillots de bain, à l’origine créé par Adidas et propriété depuis 2001 du fonds d’investissement Fonds d'investissement Société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
italien BS Private Equity, dont les activités sont largement délocalisées en Tunisie. Chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
2007 : 80 millions d’euros. La coupe est pleine, et déborde, cependant, lorsque Arena décide de fermer son usine de Libourne, le 31 mars 2007, en mettant à la porte 161 ouvrières, la plupart âgées de plus de 50 ans, pour sous-traiter la production en Chine. Les travailleuses porteront l’affaire devant le tribunal du travail (les prud’hommes). Il ne sera pas impressionné par les arguments de la direction, qui fera valoir que les coûts de production, de 40% plus élevés en France, justifiaient la fermeture. En effet, le tribunal estimera que le licenciement des ouvrières est "le résultat d’une opération purement financière", qu’il leur cause "un préjudice d’une exceptionnelle gravité" (en avril 2008, seules 42 ouvrières avaient retrouvé un contrat définitif ou supérieur à 6 mois) et que la décision de fermer l’usine, contrairement à ce qu’affirmait la direction, ne visait pas "à rétablir les marges, mais à les augmenter". C’est appeler un chat, un chat. Arena a été condamné à verser 4,8 millions d’euros de dommages et intérêts aux travailleuses pour licenciement économique abusif. Ce n’est encore qu’un pis-aller, l’usine restera fermée, mais la décision a valeur de signal, d’un changement dans la perception publique des délocalisations.

Source : : Solidaire, 18 septembre 2008, L’Humanité du 9 septembre 2008 et l’Usine Nouvelle du 17 novembre 2006.