Minuter la valeur du travail, c’est décent ?


Newsflash n°53

Lundi 16 mars 2009, Erik Rydberg, 2330 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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9 mars 2008. C’est quand les choses vont mal que les paroles encourageantes se font pressantes. L’économie s’enfonce dans le marasme financier et donc, logiquement, on verra les défenseurs du statu quo bâtir des châteaux de cartes. Voici peu [Les Echos, 28 janvier 2009], ainsi, l’économiste Jean-Marie Beauvais remettra à l’honneur la notion du "prix réel", due à Jean Fourastié, économiste lui aussi, auteur de "Machinisme et bien-être" (1950). Selon celle-ci, la valeur d’un bien ou d’un service Service Fourniture d’un bien immatériel, avantage ou satisfaction d’un besoin, fourni par un prestataire (entreprise ou l’État) au public. Il s’oppose au terme de bien, qui désigne un produit matériel échangeable.
(en anglais : service)
est égale à la quantité de travail nécessaire à son acquisition. Ce n’est pas très scientifique, c’est une manière d’individualiser (atomiser, psychologiser) les rapports de domination sociaux mais cela demeure un splendide étalon des inégalités. Beauvais l’utilise pour "démontrer" que le smicard français ne doit plus, en 2008, que travailler 71 minutes pour acheter l’essence nécessaire pour faire 100 kilomètres en automobile, contre 181 minutes en 1970. Halleluia, tout va bien. Bien sûr, l’exemple est boiteux, car à l’essence, il faut ajouter le prix de la bagnole, de l’entretien, de l’assurance, des péages et des distances nouvelles que la vie exige de parcourir – et le pétrole, dont le prix est artificiellement comprimé, n’est pas le meilleur indicateur de l’évolution des prix du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
. Mais, répétons, en tant que mesure des inégalités, l’exemple est édifiant. 71 minutes pour un smicard, disions-nous : cela donne quoi pour le PDG américain, qui gagne 530 fois plus que le salarié américain moyen [On a tiré ça du site du syndicat AFL-CIO, www.aflcio.org/paywatch/ceopay.htm ] ? A la grosse louche, cela fait moins de 8 secondes. Le travailleur pauvre bosse une heure et onze minutes et le PDG moins de huit secondes. Qui dit mieux ? Le Mexique dit mieux. Le travailleur mexicain de l’usine Ford à Hormosillo gagne environ 200 dollars par semaine – pour produire une automobile qui en coûte 20.000 [On a tiré ça d’Edward Lutwak, son livre Le Turbocapitalisme]. Il suffit de sortir sa calculette. Pour se l’acheter, il devra travailler sans arrêt pendant deux ans – en ne mangeant rien, en mettant tout de côté jusqu’au moindre centime, bref, scénario surréaliste, il ne pourra jamais se la payer, le "prix réel" lui est hors d’atteinte, un concept absurde.