A dividendes décents, économie indécente ?


Newsflash n°52

Mercredi 11 mars 2009, Erik Rydberg, 2074 signes.
Cet article a été visité 457 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

A quoi servent les profits ? A créer l’emploi de demain, disait un humoriste. Il partait de l’idée, juste au demeurant, selon laquelle les surplus sont nécessaires à l’investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
, donc au maintien et au développement de l’outil, donc à l’emploi, mais il oubliait qu’un profit ne va jamais sans profiteurs et qu’ils sont en général les premiers servis. Le président français Sarkozy, un autre humoriste, a relancé le débat en agitant l’idée que les profits devraient se répartir équitablement en trois tiers, un pour les actionnaires, un autre pour l’investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
et le troisième aux salariés. Mal lui en a pris. Car d’autres ont épluché les comptes 2006 des entreprises et cela donne – mettons – une image qui vaut démenti cinglant : voir notre graphique, ci-dessous. Sur les 95 milliards d’euros de profits nets engrangés par l’ensemble des entreprises françaises non financières en 2006, 75% du total (71 milliards) ont ainsi servi à arroser les actionnaires, ce qui ne laissait que 16% (15 milliards) pour les salariés (sous forme d’intéressement et de participation aux bénéfices) et... un ridicule 9% (9 milliards) pour l’investissement [données reprises d’Alternatives économiques, n°278, mars 2009]. Comme rapporte le Canard Enchaîné [4 mars 2009], l’hebdomadaire économique Challenge s’est aussi pris au jeu et, examinant cette fois l’évolution des bénéfices nets des champions français cotés en Bourse Bourse Lieu institutionnel (originellement un café) où se réalisent des échanges de biens, de titres ou d’actifs standardisés. La Bourse de commerce traite les marchandises. La Bourse des valeurs s’occupe des titres d’entreprises (actions, obligations...).
(en anglais : Commodity Market pour la Bourse commerciale, Stock Exchange pour la Bourse des valeurs)
depuis 1998, a révélé qu’en dix ans, le montant des dividendes versés aux "profiteurs" a été multiplié par 6,6, celui des profits par 4 et... celui de l’investissement par 2 – et, de façon générale, que la hausse des dividendes est plus régulière que celle de l’investissement (l’emploi de demain, remember). Verdict de Challenge : "L’investissement sert de variable d’ajustement. Cela s’appelle le court-termisme." Voilà qui renforce quelque peu l’effet comique des humoristes qui, nombreux, amusent aujourd’hui la galerie en affirmant que la crise, c’est la faute à pas de chance.