Berkeley, la silicone valley des agrocarburants


Newsflash n°37

Vendredi 21 décembre 2007, Bruno Bauraind, 2664 signes.
Cet article a été visité 214 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

Aux Etats-Unis, le financement privé de la recherche universitaire n’est pas une nouveauté et soulève rarement l’indignation. Pourtant, en Californie, cela s’agite sur le campus de Berkeley. En cause, un partenariat entre le géant de l’énergie BP, le gouvernement américain et l’université californienne de Berkeley pour y fonder l’Energy Bioscience Institute (EBI). La multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
britannique interviendrait à hauteur de 50 millions de dollars par an dans le financement du projet, qui a pour objectif de développer des agrocarburants de seconde génération à base de biomasse de cellulose [Les Echos du 21 décembre 2007]. Ce procédé, moins gourmand en matière organique et en énergie mais bien plus coûteux (2 fois) que l’éthanol de maïs, permettrait aux Etats-Unis et aux actionnaires de BP de dépendre un peu moins du pétrole. Intérêt national et intérêt privé convergent.

Le projet n’est toutefois pas du goût de nombreux professeurs et étudiants de l’université [voir le site des opposants,
www.stopbp-berkeley.org ]. Tout d’abord, sur les 50 millions investis par BP, un tiers financera les recherches privées et secrètes de la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
sur le campus. Les recherches n’évoluent d’ailleurs en rien par rapport aux agrocarburants de 1re génération. Il s’agit des méthodes classiques de production d’OGM sur la base de monocultures, avec recours massif aux insecticides et autres désherbants. Ecologie et rendement font rarement bon ménage. Outre ces dérives peu écologiques, les étudiants ne sont pas insensibles aux ravages socio-économiques que la production d’agrocarburants de 1re génération cause parmi les populations et paysans les plus pauvres d’Amérique latine ou d’Afrique. Enfin, certains professeurs et élèves craignent de devenir de simples exécutants, à bas prix, aux ordres de la multinationale.

Et l’esprit critique dans tout cela ? Voici où se situe sans doute le cœur du problème. En effet, qu’ils soient de 1re ou de 2e génération, les agrocarburants ne constituent en rien une alternative au système énergétique que nous connaissons, qui repose sur une surconsommation des pays développés. Or, si de plus en plus les multinationales s’intéressent de près à ce type de carburant, c’est bien parce qu’il permet de pérenniser à long terme le système issu de l’économie pétrolière. Cela BP l’a bien compris. Quoi de mieux alors pour assurer l’avenir d’un produit et d’un système, que d’y former les cadres de demain. Au risque d’une faillite intellectuelle ?