Pays les moins avancés : désastre programmé, dit la Cnuced


Newsflash n°29

Mercredi 25 juillet 2007, GRESEA ASBL, 2388 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Dans un entretien accordé aux Echos [24 juillet 2007], Habib Ouane, le directeur de la division Afrique et PMA (Pays les Moins Avancés Pays les moins avancés ou PMA : Catégorie de nations créée en 1971 par l’ONU, regroupant les pays les moins développés socio-économiquement de la planète. Il existe trois critères pour classer un État dans les PMA : avoir un PIB par habitant inférieur à 900 dollars par an ; être manifestement en retard dans le développement humain ; être vulnérable économiquement. Sur base de ces indicateurs, il y a actuellement 48 pays dans ce groupe (contre 25 en 1971). Les PMA bénéficient normalement de conditions meilleures dans le cadre de l’aide au développement.
(En anglais : Least Developped Countries, LDC)
) de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced CNUCED Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement : Institution des Nations unies créée en 1964, en vue de mieux prendre en compte les besoins et aspirations des peuples du Tiers-monde. La CNUCED édite un rapport annuel sur les investissements directs à l’étranger et les multinationales dans le monde, en anglais le World Investment Report.
(En anglais : United Nations Conference on Trade and Development, UNCTAD)
) a commenté le dernier rapport annuel de son institution sur le sort fait par l’Occident aux PMA. C’est pour ainsi dire un désastre programmé.. Morceaux choisis. Les PMA ont un retard fatal en innovation, technologie et apprentissage ? On ne s’en étonnera pas puisque l’aide publique au développement Aide publique au développement ou ADP : Total des prêts préférentiels (à des taux inférieurs à ceux du marché) et des dons budgétisés par les pouvoirs publics des États dits développés en faveur de pays du Tiers-monde. Théoriquement, ces flux financiers devraient être orientés vers la mise en place de projets concrets et durables, comme des infrastructures essentielles, des actions de lutte contre la faim, en faveur de la santé, de l’éducation, etc. Mais souvent il s’agit d’un moyen détourné pour les anciennes métropoles coloniales de conserver les liens commerciaux avec leurs dépendances, en les obligeant à s’approvisionner auprès des firmes métropolitaines. Selon les Nations unies, l’APD devrait représenter au moins 0,7% du PIB de chaque nation industrialisée. Mais seuls les pays scandinaves respectent cette norme.
(En anglais : official development assistance, ODA)
des PPA (Pays les Plus Avancés) n’accorde qu’une attention distraite à l’éducation des élites dans le Tiers-monde, cela ne pèse que 3,6% dans l’enveloppe globale. Un peu paradoxal lorsqu’on sait qu’un des Très Grands Objectifs du Millénaire donne la priorité à l’enseignement. L’aide privée ? Idem, elle va, en Afrique, pour l’essentiel à l’extraction de minerais et hydrocarbures, donc pillage des ressources naturelles comme dans le bon vieux temps. Les belles et grandes architectures du commerce mondialisé ? Habib Ouane a cette parole désabusée : si les PMA ne disposent pas de capacités de production industrielles et agricoles, "cela ne sert à rien de leur donner des préférences commerciales." Les belles et grandes priorités médiatiques ? Habib Ouane ricane : "On parle beaucoup de fracture numérique. La première des fractures est énergétique. Sans électricité, vous n’avez pas d’industrie. C’est la b.a. ba." La révolution russe avait déjà compris cela : un peuple qui veut s’émanciper ne peut pas vivre dans le noir. Le premier des obscurantismes, c’est l’absence d’une ampoule qui permet de lire et d’étudier en soirée, après le travail. Ajouter à cela, coup de grâce, la fuite des cerveaux (20% du personnel qualifié des PMA vivent dans les PPA), que les politiques "d’immigration choisie" (Sarkozy, "green card" européenne) ne feront qu’exacerber. Des solutions simples, pourtant, existent. Par exemple, suggère Habib Ouane, en faisant appel à "des experts africains pour l’assistance technique sur le continent plutôt que de prendre des Occidentaux." Là, naturellement, Habib Ouane croit au Père Noël car ce serait remettre en question la colonne vertébrale des rapports nord-sud. Le Sud peut demander plein de choses et en recevoir quelques-unes, c’est un grand enfant, mais le contrôle doit rester au Nord.