Banque du Sud : l’après-néolibéralisme aurait-il commencé ?


Newsflash n°26

Jeudi 19 avril 2007, GRESEA ASBL, 2493 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le président vénézuélien , Hugo Chavez, s’est fait, depuis longtemps, l’ardent défenseur de la création d’une Banque du Sud. Objectifs avoués de l’entreprise : renforcer l’intégration latino-américaine et tailler des croupières au puissant binôme Banque mondiale Banque mondiale Institution intergouvernementale créée à la conférence de Bretton Woods (1944) pour aider à la reconstruction des pays dévastés par la deuxième guerre mondiale. Forte du capital souscrit par ses membres, la Banque mondiale a désormais pour objectif de financer des projets de développement au sein des pays moins avancés en jouant le rôle d’intermédiaire entre ceux-ci et les pays détenteurs de capitaux. Elle se compose de trois institutions : la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l’Association internationale pour le développement (AID) et la Société financière internationale (SFI). La Banque mondiale n’agit que lorsque le FMI est parvenu à imposer ses orientations politiques et économiques aux pays demandeurs.
(En anglais : World Bank)
-FMI FMI Fonds Monétaire International : Institution intergouvernementale, créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods et chargée initialement de surveiller l’évolution des comptes extérieurs des pays pour éviter qu’ils ne dévaluent (dans un système de taux de change fixes). Avec le changement de système (taux de change flexibles) et la crise économique, le FMI s’est petit à petit changé en prêteur en dernier ressort des États endettés et en sauveur des réserves des banques centrales. Il a commencé à intervenir essentiellement dans les pays du Tiers-monde pour leur imposer des plans d’ajustement structurel extrêmement sévères, impliquant généralement une dévaluation drastique de la monnaie, une réduction des dépenses publiques notamment dans les domaines de l’enseignement et de la santé, des baisses de salaire et d’allocations en tous genres. Le FMI compte 188 États membres. Mais chaque gouvernement a un droit de vote selon son apport de capital, comme dans une société par actions. Les décisions sont prises à une majorité de 85% et Washington dispose d’une part d’environ 17%, ce qui lui donne de facto un droit de veto. Selon un accord datant de l’après-guerre, le secrétaire général du FMI est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
dans la région. Ceci dit, jusqu’à présent, la Banque du Sud, c’était un peu l’Arlésienne de la finance internationale. Certes, le président argentin Nestor Kirchner soutient ce projet depuis le début. Soutien hautement symbolique, car depuis la crise de 2002 (effet tango), les dirigeants argentins ne portent plus guère les institutions de Bretton Woods Bretton Woods Ville du New Hampshire près de la côte Est des États-Unis. En juillet 1944, s’est tenue, au Mount Washington Hotel, une conférence internationale pour bâtir un système financier solide pour l’après-guerre. La délégation américaine était menée par Harry Dexter White, la britannique par l’économiste John Maynard Keynes. Ce sommet a reconfiguré le système monétaire international jusqu’en 1971. Selon les accords, toutes les devises étaient échangeables en dollars à taux fixe. Seul le dollar était convertible en or au taux fixe de 35 dollars l’once. Et un organisme est créé pour aider les pays qui ont des problèmes avec leur balance des paiements : le Fonds monétaire international (FMI).
(en anglais : Bretton Woods system)
dans leurs cœurs. Ce n’était guère cependant de nature à inquiéter les grands argentiers de la planète puisque l’Argentine n’est pas ce qu’on appelle une grande puissance (et le Venezuela encore moins). Bref, la Banque du Sud, c’était de l’utopie pure. Plus maintenant. Le week-end du 14-15 avril 2007, le Brésil, poids lourd de l’économie mondiale et leader régional, y a officiellement apporté son soutien, ce qui devrait conduire à porter la banque tiers-mondiste sur ses fonts baptismaux dans un futur proche. Le ministre brésilien des Finances a précisé que cette institution financière devrait fonctionner comme "une banque de développement" mettant ses pays membres sur un "pied d’égalité" en fonction de leur poids économique respectif. La précision n’a rien d’anodin. Elle correspond clairement à un mouvement de ras-le-bol généralisé dans la région à l’égard des diktats néolibéraux du FMI FMI Fonds Monétaire International : Institution intergouvernementale, créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods et chargée initialement de surveiller l’évolution des comptes extérieurs des pays pour éviter qu’ils ne dévaluent (dans un système de taux de change fixes). Avec le changement de système (taux de change flexibles) et la crise économique, le FMI s’est petit à petit changé en prêteur en dernier ressort des États endettés et en sauveur des réserves des banques centrales. Il a commencé à intervenir essentiellement dans les pays du Tiers-monde pour leur imposer des plans d’ajustement structurel extrêmement sévères, impliquant généralement une dévaluation drastique de la monnaie, une réduction des dépenses publiques notamment dans les domaines de l’enseignement et de la santé, des baisses de salaire et d’allocations en tous genres. Le FMI compte 188 États membres. Mais chaque gouvernement a un droit de vote selon son apport de capital, comme dans une société par actions. Les décisions sont prises à une majorité de 85% et Washington dispose d’une part d’environ 17%, ce qui lui donne de facto un droit de veto. Selon un accord datant de l’après-guerre, le secrétaire général du FMI est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
et de la Banque mondiale Banque mondiale Institution intergouvernementale créée à la conférence de Bretton Woods (1944) pour aider à la reconstruction des pays dévastés par la deuxième guerre mondiale. Forte du capital souscrit par ses membres, la Banque mondiale a désormais pour objectif de financer des projets de développement au sein des pays moins avancés en jouant le rôle d’intermédiaire entre ceux-ci et les pays détenteurs de capitaux. Elle se compose de trois institutions : la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l’Association internationale pour le développement (AID) et la Société financière internationale (SFI). La Banque mondiale n’agit que lorsque le FMI est parvenu à imposer ses orientations politiques et économiques aux pays demandeurs.
(En anglais : World Bank)
. L’exemple argentin est, en cette matière, des plus révélateurs. Depuis la crise de 2002, l’économie argentine s’est spectaculairement redressée en prenant systématiquement l’exact contre-pied des prescriptions supposées infaillibles des institutions financières internationales. On comprendra, dans ces conditions, que le FMI et la Banque mondiale aient perdu de leur superbe dans les capitales d’Amérique latine. Preuve de cette perte de prestige et de pouvoir : en 2006, l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay remboursaient rubis sur ongle la plus grande partie du capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
de leur dette. En clair, ces pays reprenaient leur liberté. Normal quand on n’est pas content de son banquier, on solde les comptes et on va voir ailleurs. Cet ailleurs, c’est la Banque du Sud, le bras financier de l’après-néolibéralisme Néolibéralisme Doctrine économique consistant à remettre au goût du jour les théories libérales « pures ». Elle consiste surtout à réduire le rôle de l’État dans l’économie, à diminuer la fiscalité surtout pour les plus riches, à ouvrir les secteurs à la « libre concurrence », à laisser le marché s’autoréguler, donc à déréglementer, à baisser les dépenses sociales. Elle a été impulsée par Friedrich von Hayek et Milton Friedman. Mais elle a pris de l’ampleur au moment des gouvernements de Thatcher en Grande-Bretagne et de Reagan aux États-Unis.
(en anglais : neoliberalism)
en Amérique du Sud ?

Source : Les Echos, 17 avril 2007