Cuba et les paradoxes de l’aide au développement


Newsflash n°21

Vendredi 15 décembre 2006, GRESEA ASBL, 2049 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Dans un bref article analysant la victoire de Hugo Chavez au Venezuela, le Financial Times (9 décembre) relève qu’elle représente très largement, aussi, une victoire pour la ligne politique de Fidel Castro à Cuba et, ce qui va de pair, pour son économie. Elle continuera à bénéficier d’un apport vital en pétrole vénézuélien à prix préférentiel, lui permettant ainsi de poursuivre un redressement inespéré. Avec, visibles pour tous, rétablissement de l’éclairage public, réfection des routes, construction de nouveaux logements et multiplication des biens de consommation et des produits alimentaires. Ce qui est intéressant, ici, c’est que ce soutien n’est pas unilatéral, il n’a rien à voir avec de la charité : en "échange", Cuba, de son côté, envoie des milliers de docteurs et d’enseignants pour aider le Venezuela, mais aussi la Bolivie, à offrir des soins de santé à leur population et lui apprendre à lire et écrire. C’est pour le moins paradoxal. Voici un petit pays pauvre, Cuba, trois fois la Belgique, un moustique comparé à l’Europe ou aux États-Unis, qui leur fait la leçon, leur montre qu’il est possible pour un pays pauvre d’en aider d’autres, beaucoup plus grands que lui : le Venezuela, c’est dix fois Cuba et trente fois la Belgique. Entre 30.000 et 70.000 docteurs cubains travaillent à l’étranger dans ces programmes d’aide publique au développement Aide publique au développement ou ADP : Total des prêts préférentiels (à des taux inférieurs à ceux du marché) et des dons budgétisés par les pouvoirs publics des États dits développés en faveur de pays du Tiers-monde. Théoriquement, ces flux financiers devraient être orientés vers la mise en place de projets concrets et durables, comme des infrastructures essentielles, des actions de lutte contre la faim, en faveur de la santé, de l’éducation, etc. Mais souvent il s’agit d’un moyen détourné pour les anciennes métropoles coloniales de conserver les liens commerciaux avec leurs dépendances, en les obligeant à s’approvisionner auprès des firmes métropolitaines. Selon les Nations unies, l’APD devrait représenter au moins 0,7% du PIB de chaque nation industrialisée. Mais seuls les pays scandinaves respectent cette norme.
(En anglais : official development assistance, ODA)
. Comme le relève l’International Herald Tribune (8 décembre), la décision de Fidel Castro, à la fin des années nonante, d’instituer une école de médecine tiers-mondiste, ouverte à tous, y compris à une centaine d’étudiants américains, n’y est pas étrangère. Tout cela doit néanmoins demeurer étrange à nos yeux occidentaux. C’est qu’on peut difficilement, au-delà des opinions sur le régime communiste cubain que chacun peut avoir, éviter de se poser une petite question insolite.. Si Cuba le peut, pourquoi pas les États-Unis, pourquoi pas l’Europe, pourquoi pas la Belgique ?