Panique au FMI : les clients remboursent !


Newsflash n°17

Vendredi 12 mai 2006, GRESEA ASBL, 3105 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Les temps changent pour les grands argentiers de la finance internationale. De 1994 à 2002, le FMI FMI Fonds Monétaire International : Institution intergouvernementale, créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods et chargée initialement de surveiller l’évolution des comptes extérieurs des pays pour éviter qu’ils ne dévaluent (dans un système de taux de change fixes). Avec le changement de système (taux de change flexibles) et la crise économique, le FMI s’est petit à petit changé en prêteur en dernier ressort des États endettés et en sauveur des réserves des banques centrales. Il a commencé à intervenir essentiellement dans les pays du Tiers-monde pour leur imposer des plans d’ajustement structurel extrêmement sévères, impliquant généralement une dévaluation drastique de la monnaie, une réduction des dépenses publiques notamment dans les domaines de l’enseignement et de la santé, des baisses de salaire et d’allocations en tous genres. Le FMI compte 188 États membres. Mais chaque gouvernement a un droit de vote selon son apport de capital, comme dans une société par actions. Les décisions sont prises à une majorité de 85% et Washington dispose d’une part d’environ 17%, ce qui lui donne de facto un droit de veto. Selon un accord datant de l’après-guerre, le secrétaire général du FMI est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
passait son temps à “sauver” les pays en difficulté financière, intervenant sous toutes les latitudes en prêtant aux nations à court de liquidités. Il s’agissait, cela va de soi, de prêts conditionnés à des vagues de privatisation, de libéralisation Libéralisation Action qui consiste à ouvrir un marché à la concurrence d’autres acteurs (étrangers ou autres) autrefois interdits d’accès à ce secteur. et autres joyeusetés. Seulement voilà, la roue a tourné et les très capricieux flux Flux Notion économique qui consiste à comptabiliser tout ce qui entre et ce qui sort durant une période donnée (un an par exemple) pour une catégorie économique. Pour une personne, c’est par exemple ses revenus moins ses dépenses et éventuellement ce qu’il a vendu comme avoir et ce qu’il a acquis. Le flux s’oppose au stock.
(en anglais : flow)
de capitaux ont repris leur route vers les marchés émergents tant et si bien que certains Etats se sont mis à rembourser une partie du capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
de leurs dettes. C’est le cas de l’Argentine et du Brésil. En Asie du Sud-Est, certains sont allés plus loin. Huit pays (Japon, Singapour, Indonésie, Chine, Malaisie, Philippines, Thaïlande et Corée du Sud) cumulent, à eux seuls, des réserves équivalentes à dix fois celles du FMI FMI Fonds Monétaire International : Institution intergouvernementale, créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods et chargée initialement de surveiller l’évolution des comptes extérieurs des pays pour éviter qu’ils ne dévaluent (dans un système de taux de change fixes). Avec le changement de système (taux de change flexibles) et la crise économique, le FMI s’est petit à petit changé en prêteur en dernier ressort des États endettés et en sauveur des réserves des banques centrales. Il a commencé à intervenir essentiellement dans les pays du Tiers-monde pour leur imposer des plans d’ajustement structurel extrêmement sévères, impliquant généralement une dévaluation drastique de la monnaie, une réduction des dépenses publiques notamment dans les domaines de l’enseignement et de la santé, des baisses de salaire et d’allocations en tous genres. Le FMI compte 188 États membres. Mais chaque gouvernement a un droit de vote selon son apport de capital, comme dans une société par actions. Les décisions sont prises à une majorité de 85% et Washington dispose d’une part d’environ 17%, ce qui lui donne de facto un droit de veto. Selon un accord datant de l’après-guerre, le secrétaire général du FMI est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
. Ces pays ont d’ailleurs décidé de mettre en commun une partie de ce trésor de guerre. Objectif : pouvoir éviter le phénomène de contagion à l’échelle régionale en cas d’éventuelle crise financière dans le futur.

Bien évidemment, tout cela entraîne une perte de pouvoir pour le FMI qui ne pourra évidemment plus imposer ses conditions à tous ces pays en cas de pépins. L’afflux de capitaux vers le Sud rendant un peu moins pressant que par le passé tout recours au FMI, le portefeuille Portefeuille Ensemble de titres détenus par un investisseur, normalement comme placement.
(en anglais : portfolio).
des prêts de ce dernier ne s’élève plus qu’à 35 milliards de dollars, ce qui le ramène à son niveau d’avant 1980 (soit avant les différentes crises de la dette). Rien d’étonnant donc à ce que dessine, nécessité oblige, "un projet de réforme" du FMI. Des spécialistes (surtout états-uniens) lui verraient bien jouer un rôle dans le règlement de la question des déséquilibres commerciaux. Cette réorientation quant aux buts et missions du Fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
est d’ailleurs saluée par son directeur. En lisant (à peine) entre les lignes, on voit clairement que l’excédent commercial chinois vis-à-vis des USA est visé.

Problème : le gouverneur de la Banque Populaire de Chine, Zhou Xiaochuan, a déjà fait savoir qu’il n’était pas demandeur, maintenant la position chinoise qui exclut toute réévaluation Réévaluation Augmentation du taux de change d’une devise par rapport aux autres devises. En général, une réévaluation se passe en système de change fixe, parce que la hausse a lieu par rapport à la devise clé.
(en anglais : reevaluation ou reassesment)
du yuan afin d’alléger une partie du déficit américain. Devant cette quadrature du cercle, des voix s’élèvent au Sud pour revendiquer une mutation structurelle de la vénérable institution issue des accords de Bretton Woods Bretton Woods Ville du New Hampshire près de la côte Est des États-Unis. En juillet 1944, s’est tenue, au Mount Washington Hotel, une conférence internationale pour bâtir un système financier solide pour l’après-guerre. La délégation américaine était menée par Harry Dexter White, la britannique par l’économiste John Maynard Keynes. Ce sommet a reconfiguré le système monétaire international jusqu’en 1971. Selon les accords, toutes les devises étaient échangeables en dollars à taux fixe. Seul le dollar était convertible en or au taux fixe de 35 dollars l’once. Et un organisme est créé pour aider les pays qui ont des problèmes avec leur balance des paiements : le Fonds monétaire international (FMI).
(en anglais : Bretton Woods system)
. Très schématiquement, sont pointées du doigt la sous-représentation des pays du Sud dans les organes décisionnels du Fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
ainsi que son approche néolibérale en cas d’intervention. En attendant, faute de crises nécessitant que des prêts soient consentis, le FMI voit ses revenus fondre comme neige. Et là, on réalise tout de suite le côté un peu piquant de la situation : le puissant FMI devra-t-il s’imposer les cures d’amaigrissement que jadis il prônait pour autrui ?

Sources : Wall Street Journal, 21/04/2006
The Economist, 22/04/2006
Third World Resurgence, n°187, Mars 2006
Financial Times, 24 et 25/04/2006