La rhapsodie funèbre du modèle hongrois


Newsflash n°4

Lundi 23 février 2004, GRESEA ASBL, 1605 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Peu de pays ont, comme la Grande Bretagne, porté le courrier des lecteurs à un aussi haut niveau de culture et d’érudition. Exemple que cette missive envoyée de Melbourne par Alan McNeil [Guardian Weekly, 12 février 2004], qui ne manquera pas d’intéresser quiconque rêve parfois à un monde meilleur. A supposer, écrit-il, une distribution des richesses telle que toutes les nations en recevraient une part égale, correspondant au PIB PIB Produit intérieur brut : richesse marchande créée durant une période déterminée (souvent un an) sur un territoire précisé (généralement un pays ; mais, en additionnant le PIB de tous les pays, on obtient le PIB mondial).
(en anglais : Gross Domestic Product ou GDP)
mondial moyen par habitant, soit 5.080 dollars, quel est le pays qui aura le moins de difficultés à s’adapter à la nouvelle donne ? Réponse : la Hongrie, avec 5.280 dollars. Mieux, poursuit notre détective australien : si, à ce raisonnement, on applique le coefficient de Gini, qui mesure le degré d’égalité dans la distribution des revenus à l’intérieur d’un pays, c’est à nouveau la Hongrie qui sort championne du chapeau. Voilà, cependant, conclut-il avec une pointe de tristesse, une chose que l’adhésion à l’Union européenne Union Européenne Ou UE : Organisation politique régionale issue du traité de Maastricht (Pays-Bas) en février 1992 et entré en vigueur en novembre 1993. Elle repose sur trois piliers : les fondements socio-économiques instituant les Communautés européennes et existant depuis 1957 ; les nouveaux dispositifs relatifs à la politique étrangère et de sécurité commune ; la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures. L’Union compte actuellement 27 membres : Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas (1957), Danemark, Irlande, Royaume-Uni (1973), Grèce (1981), Espagne, Portugal (1986), Autriche, Finlande, Suède (1995), Chypre, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Malte, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Tchéquie (2004), Bulgarie, Roumanie (2007).
(En anglais : European Union)
" mettra sans doute en péril ". Il ne croit pas si bien dire. Le même jour en effet, on apprend [Financial Times, 12 février 2004] que le ministre des Finances hongrois, poussé dans le dos par l’OCDE OCDE Organisation de Coopération et de Développement Économiques : Association créée en 1960 pour continuer l’œuvre de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) chargée de suivre l’évolution du plan Marshall à partir de 1948, en élargissant le nombre de ses membres. A l’origine, l’OECE comprenait les pays européens de l’Ouest, les États-Unis et le Canada. On a voulu étendre ce groupe au Japon, à l’Australie, à la Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui, l’OCDE compte 34 membres, considérés comme les pays les plus riches de la planète. Elle fonctionne comme un think tank d’obédience libérale, réalisant des études et analyses bien documentées en vue de promouvoir les idées du libre marché et de la libre concurrence.
(En anglais : Organisation for Economic Co-operation and Development, OECD)
et le FMI FMI Fonds Monétaire International : Institution intergouvernementale, créée en 1944 à la conférence de Bretton Woods et chargée initialement de surveiller l’évolution des comptes extérieurs des pays pour éviter qu’ils ne dévaluent (dans un système de taux de change fixes). Avec le changement de système (taux de change flexibles) et la crise économique, le FMI s’est petit à petit changé en prêteur en dernier ressort des États endettés et en sauveur des réserves des banques centrales. Il a commencé à intervenir essentiellement dans les pays du Tiers-monde pour leur imposer des plans d’ajustement structurel extrêmement sévères, impliquant généralement une dévaluation drastique de la monnaie, une réduction des dépenses publiques notamment dans les domaines de l’enseignement et de la santé, des baisses de salaire et d’allocations en tous genres. Le FMI compte 188 États membres. Mais chaque gouvernement a un droit de vote selon son apport de capital, comme dans une société par actions. Les décisions sont prises à une majorité de 85% et Washington dispose d’une part d’environ 17%, ce qui lui donne de facto un droit de veto. Selon un accord datant de l’après-guerre, le secrétaire général du FMI est automatiquement un Européen.
(En anglais : International Monetary Fund, IMF)
, projette de privatiser les hôpitaux, les écoles, les administrations et - pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? - tout le secteur public (820.000 travailleurs, un cinquième de l’emploi). Toutes ces " institutions fonctionnent exactement de la même manière qu’il y a 15, 20, 30 ans ", dit-il pour justifier... Quoi, au juste : la mort programmée du modèle hongrois ?