British Petroleum "soigne" ses travailleurs.


Mardi 19 octobre 2010, Erik Rydberg, 2684 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Une des propagandes mensongères classiques du discours économique usuel consiste à dire que la libre concurrence et le libre fonctionnement du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
conduisent à une baisse générale des prix dont les consommateurs seraient les premiers bénéficiaires. Pas tout à fait faux à condition de s’entendre sur ce que "concurrence" signifie : pas une concurrence sur la qualité des marchandises produites, ni sur le fonctionnement optimal des entreprises qui les mettent sur le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
. La concurrence s’exerce en premier lieu et en priorité sur le coût du travail. Le sandwich pas cher du snack bon marché ? Souvent grâce à un travail au noir sous-payé. Le T-shirt pour deux fois rien ? Neuf fois sur dix grâce aux ateliers de labeur du Tiers-monde. Du pétrole en abondance à toutes les pompes ? British Petroleum, dans le golfe du Mexique, en a indiqué le coût social, y compris en mort d’hommes. Et ce n’était là que la pointe de l’iceberg. A la suite de deux décès à la raffinerie de Texas City en septembre 2004, BP a chargé un bureau d’études d’évaluer "la culture et les comportements de sécurité" de l’entreprise. Rapport sera rendu en mars 2005, deux mois après un nouvel incident dans la raffinerie faisant 15 morts et 170 blessés. BP ne rendra pas, pour des raisons bien compréhensibles, ce rapport public. Las ! Les Etats-Unis comptent, avec les pays scandinaves, parmi les pays dont la législation sur le droit à l’information des citoyens est la plus avancée. Et c’est ainsi que l’organisation de contre-information ProPublica a pu s’en procurer légalement copie et le diffuser. Les observations des travailleurs recueillies dans ce rapport se passent de commentaires, on n’en citera ici que quatre extraits. "Après un incident nous ajoutons de nouveaux éléments à la procédure puis nous licencions la victime." Dit l’un. "La réaction classique à un accident est de rejeter la faute sur la personne qui a été blessée." Dit un autre. "C’est tous les jours une aventure. On ne sait jamais si on rentrera à la maison à la fin de la journée de travail. Vraiment, on ne sait pas." Dit un troisième. "La pression à la production est l’obstacle numéro un pour arriver à travailler sans se blesser." Dit un quatrième. On peut continuer comme cela sur des pages entières.

Source : Harper’s Magazine, volume 321, n°1924, septembre 2010. Pour le rapport complet diffusé par ProPublica, voir (en anglais) http://www.propublica.org/article/blast-at-bp-texas-refinery-in-05-foreshadowed-gulf-disaster