Multinationales de l’agroalimentaire et marchés agricoles


Mardi 8 juillet 2008, Bruno Bauraind, Stéphane Parmentier, 26595 signes.

Ce texte a servi de base à une intervention devant 25 personnes lors de l’inauguration du stand de la FUGEA (Fédération Unie de Groupements d’Agriculteurs et d’Eleveurs) dans le cadre de la foire agricole de Libramont le vendredi 25 juillet 2008.

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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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 1. Qu’est-ce qu’une entreprise multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
de l’agroalimentaire ?

Pour savoir ce qu’est une "multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
de l’agroalimentaire", il est nécessaire de définir deux notions : "entreprise multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
" et "industrie agroalimentaire".

L’entreprise multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
est, aujourd’hui et de façon croissante, un chef d’orchestre qui organise l’ensemble des activités de production et de service Service Fourniture d’un bien immatériel, avantage ou satisfaction d’un besoin, fourni par un prestataire (entreprise ou l’État) au public. Il s’oppose au terme de bien, qui désigne un produit matériel échangeable.
(en anglais : service)
qui s’établit à l’intérieur d’un groupe ou d’un réseau de relations entre des filiales ou des petites sociétés sous-traitantes [1].

L’industrie agroalimentaire regroupe l’ensemble des entreprises agroalimentaires. Un ensemble dont les frontières ne sont pas nécessairement si claires, tant il renvoie à des définitions diverses.

Au sens le plus large du terme, auquel réfèrent les pages qui suivent, l’industrie agroalimentaire "est le secteur de l’économie qui comprend toutes les entreprises, les agences et les institutions qui fournissent les intrants nécessaires à l’exploitation agricole et qui en retirent les denrées destinées à la transformation et à la distribution au consommateur. Traditionnellement, l’industrie agro-alimentaire se concentrait sur les intrants agricoles (c’est-à-dire les fournitures comme la machinerie agricole, les aliments du bétail, les pesticides) et les services (p. ex., les institutions financières). La définition moderne inclut les entreprises qui achètent les denrées agricoles (comme le lait, le porc, le grain, les graines oléagineuses) et qui transforment le large éventail de produits qui en résultent pour ensuite les distribuer aux consommateurs nationaux et étrangers par le biais de nombreux intervenants" [2].

En ce sens large, l’industrie agroalimentaire englobe donc à la fois les entreprises actives dans les secteurs situés en amont de l’activité agricole (fourniture d’intrants, de matériel agricole, etc.) et en aval (négoce, transformation et distribution).

Les multinationales de l’agroalimentaire peuvent donc être définies comme les entreprises d’envergure internationale actives en amont et/ou en aval de la production agricole, qu’il s’agisse, par exemple et en particulier, de fournir des pesticides, des semences et "intrants" aux agriculteurs, de commercialiser les produits de base agricoles, de les transformer ou de distribuer les produits alimentaires aux consommateurs.

Les plus importantes multinationales de l’agroalimentaire sont actives dans toutes les régions du monde. Cargill, premier céréalier mondial, emploie selon ses propres chiffres près de 158.000 travailleurs dans 66 pays [3] pour un chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
avoisinant les 85 milliards de dollars.

Ces entreprises ont aujourd’hui un tel contrôle sur la chaîne alimentaire que sans le savoir, les consommateurs peuvent très bien remplir leurs frigos en achetant des produits d’une seule entreprise. La margarine Becel, le déodorant Axe, les pâtes Bertolli, les sauces Knorr, les poudres à lessiver Coral ou Omo ou encore le thé Lipton, bienvenue chez Unilever.

Si les consommateurs connaissent peu Unilever ou Cargill, ils connaissent bien davantage Wal-Mart, Carrefour ou d’autres grands distributeurs. Principal canal de distribution des produits alimentaires aux consommateurs, ces géants ont une taille impressionnante. En termes de nombre de salariés, par exemple : 2 millions pour Wal-Mart à travers le monde (20% de la population belge), ce que en fait le plus grand employeur à l’échelle du globe [4].

Enfin, plus encore que d’autres secteurs, les multinationales de l’agroalimentaire présentent une répartition géographique très inégale entre le Nord et le Sud (Encadré 1) : les plus grandes multinationales de l’agrobusiness ont leur siège aux États-Unis ou en Europe de l’Ouest. Cette répartition inégale n’est pas anodine : c’est là que se prennent les principales décisions stratégiques des entreprises, et c’est vers ces pays qu’une part importante des bénéfices est rapatriée.

Encadré 1. Origine des grandes multinationales de l’agroalimentaire

Source : site du magazine financier Fortune, http://money.cnn.com/magazines/fortune/global500/2008/. Traitement Gresea 2008.

 2. Qui domine les marchés agricoles mondiaux ?

La plupart des marchés agricoles mondiaux sont en situation d’oligopoles très restreints à plusieurs niveaux de la chaîne d’approvisionnement allant du champ de l’agriculteur à l’assiette des consommateurs (Encadré 2).

Il y a tout d’abord le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
des "intrants"
. Par cette expression, on entend l’ensemble des différents produits apportés aux terres. En d’autres termes, il s’agit soit des semences (naturelles ou transgéniques), soit des engrais ou des pesticides qui permettent d’augmenter la productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
d’une exploitation (pour peu que l’on définisse la productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
agricole comme le "rendement à l’hectare d’une production donnée" [5]).

C’est la révolution industrielle qui a apporté à l’agriculture les premiers engrais chimiques au milieu du 19e siècle en Europe. C’est également à cette époque que Johan Mendel a lancé les bases de la biogénétique, qui a permis la création de nouvelles espèces plus productives, dont les OGM constituent la dernière évolution [6]. Ces découvertes (OGM non compris) ont contribué, au cours du 20e siècle, à augmenter considérablement la production agricole et d’assurer en occident l’autosuffisance alimentaire.

Afin de protéger et d’encourager les innovations, les nations industrialisées ont inventé le régime des brevets. Au cours des années 1990, quelques entreprises multinationales de l’agrobusiness se sont alors mises à faire breveter des espèces végétales, non seulement en Occident mais aussi dans les pays en développement. A cet égard, soulignons que l’une des principales failles de l’Accord de l’Uruguay Round est précisément de ne pas avoir distingué entre les brevets sur les inventions industrielles et ceux sur les espèces vivantes [7].

Le brevetage du vivant est potentiellement lourd de conséquences pour les paysans. Droits d’auteur obligent, les semences brevetées leur coûtent globalement bien plus cher, au profit des multinationales détentrices des brevets. Le raisonnement vaut également pour les engrais et les pesticides.

En matière de semences transgéniques, le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
est particulièrement concentré. La multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
Monsanto, par exemple, détient à elle seule près de 80% de ce marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
. Une position dominante d’autant plus intéressante pour l’entreprise qu’elle contribue à renforcer son emprise sur le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
des herbicides. En effet, les semences "Round up Ready" ont été génétiquement manipulées pour rendre la plante résistante à l’herbicide "Round up", également commercialisé par Monsanto. Les paysans utilisant des semences Round up Ready ont donc tout intérêt à utiliser l’herbicide Round up… Tout bénéfice pour la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
.

C’est notamment ce que l’on observe en Amérique latine. En Argentine ou au Brésil, les paysans s’échangent en effet des graines de soja Round up Ready : dans ces pays, Monsanto ne détient pas de brevet Brevet Titre de propriété intellectuelle qui confère à son propriétaire le droit d’interdire à un tiers d’exploiter le résultat économique de l’invention tirée de ce titre pour une durée limitée (souvent 20 ans).
(en anglais : patent)
sur ce soja transgénique. Ce faisant, les paysans latinos deviennent dépendants au Round up [8].

Ensuite, après la production agricole, il y a le secteur du négoce et celui de la transformation, fréquemment gérés par les mêmes multinationales. Ces quelques multinationales négocient en position de force avec les paysans. Elles achètent les récoltes pour ensuite les acheminer vers l’une de leurs filiales où la matière première Matière première Matière extraite de la nature ou produite par elle-même, utilisée dans la production de produits finis ou comme source d’énergie. Il s’agit des produits agricoles, des minerais ou des combustibles.
(en anglais : raw material)
sera transformée. Ainsi, le céréalier Cargill achète du soja aux agriculteurs brésiliens pour ensuite l’envoyer en Angleterre vers sa filiale Sun Valley. Cette entreprise "booste" des poulets au soja puis envoie la viande vers les Mac Do du monde entier [9].

Enfin, terminons par le secteur de la distribution, sans aucun doute le stade de la chaîne d’approvisionnement le plus concentré. Ce sont les chaînes de supermarchés Wal-Mart, Carrefour ou Tesco. Un goulot d’étranglement qui profite de sa proximité avec le consommateur final pour imposer sa guerre des prix à l’ensemble de ses fournisseurs. Il n’est dès lors pas étonnant qu’en période de baisse des prix agricoles, les prix alimentaires aux consommateurs restent souvent très stables [10].

Encadré 2. La chaîne d’approvisionnement des produits agroalimentaires

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Source : Myriam Vander Stichele, Somo, 2006. Traitement Gresea, 2008.

Encadré 3. La concentration sur les marchés agricoles en chiffres

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Source : Berthelot, Jacques, 2006.

 3. Comment une entreprise devient-elle multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
 ?

Pour comprendre comment les entreprises multinationales de l’agroalimentaire ont acquis un tel pouvoir de marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
, un tel contrôle sur les échanges agricoles internationaux, il faut s’intéresser à leur stratégie d’internationalisation (Encadré 4).

Comme dans les autres secteurs, ces stratégies peuvent être classées sous deux grandes catégories : l’Investissement Direct Etranger ou IDE IDE Investissement Direct à l’Étranger : Acquisition d’une entreprise ou création d’une filiale à l’étranger. Officiellement, lorsqu’une société achète 10% au moins d’une compagnie, on appelle cela un IDE (investissement direct à l’étranger). Lorsque c’est moins de 10%, c’est considéré comme un placement à l’étranger.
(en anglais : foreign direct investment)
et le recours à la sous-traitance Sous-traitance Segment amont de la filière de la production qui livre systématiquement à une même compagnie donneuse d’ordre et soumise à cette dernière en matière de détermination des prix, de la quantité et de la qualité fournie, ainsi que des délais de livraison.
(en anglais : subcontracting)
internationale.

L’investissement direct étranger (IDE IDE Investissement Direct à l’Étranger : Acquisition d’une entreprise ou création d’une filiale à l’étranger. Officiellement, lorsqu’une société achète 10% au moins d’une compagnie, on appelle cela un IDE (investissement direct à l’étranger). Lorsque c’est moins de 10%, c’est considéré comme un placement à l’étranger.
(en anglais : foreign direct investment)
)
est un flux Flux Notion économique qui consiste à comptabiliser tout ce qui entre et ce qui sort durant une période donnée (un an par exemple) pour une catégorie économique. Pour une personne, c’est par exemple ses revenus moins ses dépenses et éventuellement ce qu’il a vendu comme avoir et ce qu’il a acquis. Le flux s’oppose au stock.
(en anglais : flow)
financier. Une entreprise investit dans un autre pays afin d’y implanter une filiale ou de prendre une participation dans le capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
d’une autre entreprise.

La sous-traitance Sous-traitance Segment amont de la filière de la production qui livre systématiquement à une même compagnie donneuse d’ordre et soumise à cette dernière en matière de détermination des prix, de la quantité et de la qualité fournie, ainsi que des délais de livraison.
(en anglais : subcontracting)
internationale
est une relation contractuelle entre une entreprise donneuse d’ordre qui délègue une partie de ses activités à une autre entreprise à l’étranger. En théorie, ces deux entités restent juridiquement indépendantes.

Dans la réalité, cependant, le rapport de force entre l’exploitation agricole et les multinationales de l’agroalimentaire est très disproportionné. Même pour les plus grandes exploitations d’Amérique latine, un contrat signé avec une multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
comme Cargill ou Nestlé est un passage obligé pour avoir accès aux marchés mondiaux.

Ce pouvoir de marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
des grands transformateurs ou négociants leur permet de mettre en concurrence les exploitations agricoles entre elles. Cette concurrence oblige les producteurs locaux à rogner sur leurs coûts de production.

Au dernier échelon, cette pression se répercute sur les salaires et les conditions de travail des paysans et des travailleurs agricoles dans les plantations au Sud mais, également et de plus en plus, sur les marges bénéficiaires des petites exploitations agricoles du Nord.

Encadré 4. Stratégie d’internationalisation des entreprises multinationales

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* ETN= Entreprise Transnationale Transnationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : transanational)
, synonyme de multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
.
Source : ANDREFF, Wladimir, Les multinationales globales, 2003.

 4. Comment une entreprise multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
finance-t-elle ses investissements ?

Progressivement et à l’image d’autres secteurs d’activités, l’industrie agroalimentaire voit l’émergence d’un modèle d’entreprise globale et financiarisée.

Pour financer ses investissements ou le rachat d’autres entreprises, la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
émet des titres (des actions) qui sont échangés en bourse Bourse Lieu institutionnel (originellement un café) où se réalisent des échanges de biens, de titres ou d’actifs standardisés. La Bourse de commerce traite les marchandises. La Bourse des valeurs s’occupe des titres d’entreprises (actions, obligations...).
(en anglais : Commodity Market pour la Bourse commerciale, Stock Exchange pour la Bourse des valeurs)
. Ces titres représentent une part de l’entreprise. L’ensemble des particuliers ou des entreprises qui détiennent ces titres forme l’actionnariat de l’entreprise (Encadré 6).

Ces actionnaires placent leurs argents dans des entreprises en visant un rendement rapide. Pour obtenir ce dernier, ils font pression sur les dirigeants de l’entreprise qui doivent réduire leurs coûts et assurer des bénéfices importants à court terme.

La progressive financiarisation Financiarisation Terme utilisé pour caractériser et dénoncer l’emprise croissante de la sphère financière (marchés financiers, sociétés financières...) sur le reste de l’économie. Cela se caractérise surtout par un endettement croissant de tous les acteurs économiques, un développement démesuré de la Bourse et des impératifs exigés aux entreprises par les marchés financiers en termes de rentabilité.
(en anglais : securitization ou financialization)
des entreprises de l’agroalimentaire représente donc une pression supplémentaire sur les producteurs et travailleurs agricoles.

Encadré 6. Archer Daniels Midland : une multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
"financiarisée"

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Source : http://www.transnationale.org/. Traitement Gresea, 2008.

 5. En quoi les stratégies des multinationales influent-elles sur les conditions de vie des paysans et des travailleurs agricoles ?

Comme déjà abordé plus haut, le pouvoir de marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
des entreprises multinationales de l’agrobusiness et leur financiarisation Financiarisation Terme utilisé pour caractériser et dénoncer l’emprise croissante de la sphère financière (marchés financiers, sociétés financières...) sur le reste de l’économie. Cela se caractérise surtout par un endettement croissant de tous les acteurs économiques, un développement démesuré de la Bourse et des impératifs exigés aux entreprises par les marchés financiers en termes de rentabilité.
(en anglais : securitization ou financialization)
ne sont pas sans conséquence sur les conditions de vie des paysans et des travailleurs agricoles au Sud et au Nord.

Soucieuses de réaliser des marges bénéficiaires maximales, les multinationales de l’agroalimentaire privilégient des politiques d’approvisionnement notamment caractérisées par :


  • De bas prix d’achat aux fournisseurs ;
  • Une mise en concurrence des producteurs agricoles (à l’échelle nationale et internationale) ;
  • L’achat en gros volumes aux fournisseurs ;
  • L’imposition de "marges arrières" aux paysans (justifiées par les chaînes de supermarchés pour le référencement des produits, la promotion, …) ;
  • L’imposition de standards aux fournisseurs, comme les normes de qualité ou des critères sanitaires, dont les coûts très élevés sont répercutés sur l’ensemble des niveaux de la chaîne d’approvisionnement.

Au Nord comme au Sud, à des rythmes et des degrés divers selon les contextes, ces politiques d’approvisionnement contribuent notamment :


  • A une précarisation des revenus et des conditions de travail des paysans et des travailleurs agricoles ;
  • Au non-respect des droits syndicaux dans les plantations. Et cela alors qu’il est en règle générale très difficile, pour des syndicats nationaux, de nouer un dialogue social avec des entreprises dont le pouvoir décisionnel est dilué dans un réseau international et géographiquement très éloigné (Encadré 5) ;
  • A la marginalisation des agricultures paysannes au profit d’une agriculture plus industrielle, globalement mieux à même de satisfaire les exigences des acheteurs. Par exemple, il est impossible pour des exploitations paysannes familiales, typiquement de petite taille, de satisfaire l’exigence d’un approvisionnement en gros volumes des acheteurs.

Encadré 5. Etude de cas en matière de conditions de travail : "Cameroun : palmeraies sans syndicats"


Essayons de suivre. En Belgique, le groupe belge de plantations de palmiers Socfinal appartient à 40 % au conglomérat Conglomérat Société constituée en groupe vaste possédant des départements et des divisions dans plusieurs secteurs d’activités différents.
(en anglais : conglomerate)
français Bolloré et, à 60 %, à la famille belge Fabri. Au Cameroun, via sa filiale la Compagnie camerounaise de palmeraies (Socapalm), le groupe exploite une plantation de palmiers à huile de 9.000 hectares. Pas dans les meilleures conditions pour les travailleurs : absence de dispositifs de sécurité (gants de travail, etc.) et un salaire indécent (en moyenne 53 euros par mois, lorsqu’il est payé) pour couper des régimes de noix de palme, travail lourd et harassant. Sans compter les conditions de vie et de logement dans des campements éloignés. Là, naturellement, on aimerait connaître le responsable de la situation. Socfinal ? Bolloré ? Fabri ? Socapalm ? C’est vers cette dernière, la filiale locale, que se tourneront en priorité travailleurs et syndicats. Las ! Bien que Socapalm contrôle 80 % du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
camerounais de l’huile de palme, il y a, pour faire écran, "des contrats de sous-traitance Sous-traitance Segment amont de la filière de la production qui livre systématiquement à une même compagnie donneuse d’ordre et soumise à cette dernière en matière de détermination des prix, de la quantité et de la qualité fournie, ainsi que des délais de livraison.
(en anglais : subcontracting)
avec une soixantaine de sociétés pour la gestion de l’essentiel de la main-d’œuvre". Voilà qui est bien organisé.
L’Observatoire des Entreprises du Gresea, le 14 mars 2008

 6. Quel est le rôle joué par les entreprises multinationales de l’agroalimentaire dans la flambée des prix ?

La flambée des prix alimentaires constitue une belle opportunité, pour quelques géants de l’agroalimentaire, de réaliser de plantureux bénéfices. De fait, elle a permis a certaines multinationales du négoce et de la transformation d’augmenter considérablement leurs marges (Encadré 7).

Encadré 7. Evolution des bénéfices de quelques transformateurs

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Source : le site du magazine financier Fortune, http://money.cnn.com/magazines/fortune/global500/2008/

Pour ce faire, ces géants du négoce et de la transformation peuvent notamment compter sur les stratégies suivantes, éventuellement complémentaires :

La spéculation Spéculation Action qui consiste à évaluer les variations futures de marchandises ou de produits financiers et à miser son capital en conséquence ; la spéculation consiste à repérer avant tous les autres des situations où des prix doivent monter ou descendre et d’acheter quand les cours sont bas et de vendre quand les cours sont élevés.
(en anglais : speculation)
sur le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
physique
. Cette forme de spéculation Spéculation Action qui consiste à évaluer les variations futures de marchandises ou de produits financiers et à miser son capital en conséquence ; la spéculation consiste à repérer avant tous les autres des situations où des prix doivent monter ou descendre et d’acheter quand les cours sont bas et de vendre quand les cours sont élevés.
(en anglais : speculation)
consiste à stocker plus longtemps une marchandise Marchandise Tout bien ou service qui peut être acheté et vendu (sur un marché).
(en anglais : commodity ou good)
avant de la commercialiser, en espérant que son prix sera plus élevé lorsque l’on décidera de vendre. Lorsqu’elle est le fait, non pas d’agriculteurs, mais d’une multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
du négoce (qui contrôle à elle seule une partie importante de la vente d’un produit agricole), la spéculation Spéculation Action qui consiste à évaluer les variations futures de marchandises ou de produits financiers et à miser son capital en conséquence ; la spéculation consiste à repérer avant tous les autres des situations où des prix doivent monter ou descendre et d’acheter quand les cours sont bas et de vendre quand les cours sont élevés.
(en anglais : speculation)
sur le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
physique est de nature à amplifier, parfois de façon importante, un mouvement de hausse de prix, en contribuant artificiellement à une pénurie sur le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
physique.

La captation de la plus grande partie de la hausse des prix agricoles internationaux, au détriment des paysans et des travailleurs agricoles. Lorsqu’elles maîtrisent l’achat direct de la production aux agriculteurs, les multinationales de l’agroalimentaire peuvent s’appuyer sur leur important pouvoir de marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
pour ne pas répercuter, ou répercuter de façon mineure, les hausses des prix internationaux sur les prix payés localement aux agriculteurs. C’est l’une des raisons pour lesquelles les agriculteurs ne bénéficient parfois qu’à la marge de telles hausses, tout en subissant de plein fouet l’envolée des prix en tant que consommateurs.

La spéculation Spéculation Action qui consiste à évaluer les variations futures de marchandises ou de produits financiers et à miser son capital en conséquence ; la spéculation consiste à repérer avant tous les autres des situations où des prix doivent monter ou descendre et d’acheter quand les cours sont bas et de vendre quand les cours sont élevés.
(en anglais : speculation)
sur les marchés à terme
. La majorité des négociants, en particulier lorsqu’ils sont de taille petite ou moyenne, interviennent d’abord et avant tout sur les marchés à terme de Genève, New York ou Chicago dans une logique de couverture Couverture Opération financière consistant à se protéger contre un risque lié à l’incertitude des marchés futurs par l’achat de contrats d’assurance, d’actes de garantie ou de montages financiers.
(en anglais : hedge)
du risque prix (voir ci-dessous). Cela étant, certains négociants internationaux de grande taille peuvent avoir tendance à y intervenir dans une optique plus spéculative. Étant donné leur capacité à spéculer sur le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
physique, ces entreprises ont les moyens de spéculer sur les marchés à terme avec une prise de risque restreinte, puisqu’elles disposent d’une certaine capacité à influencer les cours.

Dans la mesure où certains grands négociants internationaux spéculent sur les marchés à terme, ils sont vraisemblablement en partie responsables de la dérive spéculative ayant largement contribué à la récente flambée des prix alimentaires, même si l’essentiel de cette dérive doit être attribué à d’autres acteurs, comme nous le verrons un peu plus loin. Mais au fait, en quoi la spéculation Spéculation Action qui consiste à évaluer les variations futures de marchandises ou de produits financiers et à miser son capital en conséquence ; la spéculation consiste à repérer avant tous les autres des situations où des prix doivent monter ou descendre et d’acheter quand les cours sont bas et de vendre quand les cours sont élevés.
(en anglais : speculation)
sur les marchés à terme porte-t-elle une grande part de responsabilité dans la flambée des prix alimentaires ? Pour répondre à cette question, commençons par distinguer clairement "marchés physiques" et "marchés à terme".

Les marchés "physiques" sont ceux où se négocie la livraison physique du produit.
Toutes les transactions sont supposées y déboucher sur une telle livraison. Les marchés "à terme" n’ont pas pour vocation première la livraison physique de la marchandise Marchandise Tout bien ou service qui peut être acheté et vendu (sur un marché).
(en anglais : commodity ou good)
, mais la couverture Couverture Opération financière consistant à se protéger contre un risque lié à l’incertitude des marchés futurs par l’achat de contrats d’assurance, d’actes de garantie ou de montages financiers.
(en anglais : hedge)
du risque prix
.

Le risque prix, c’est le risque, pour un opérateur actif sur le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
physique (producteurs, négociants, …), de subir une perte financière découlant d’une variation défavorable des cours entre le moment où se négocie la livraison future de la marchandise Marchandise Tout bien ou service qui peut être acheté et vendu (sur un marché).
(en anglais : commodity ou good)
et le moment où cette marchandise Marchandise Tout bien ou service qui peut être acheté et vendu (sur un marché).
(en anglais : commodity ou good)
sera effectivement livrée. L’opération de couverture Couverture Opération financière consistant à se protéger contre un risque lié à l’incertitude des marchés futurs par l’achat de contrats d’assurance, d’actes de garantie ou de montages financiers.
(en anglais : hedge)
consiste à adopter sur le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
à terme la position inverse à celle adoptée sur le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
physique. Ce que l’on perd sur un marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
, on le gagne sur l’autre et inversement.

Sans un peu de spéculation Spéculation Action qui consiste à évaluer les variations futures de marchandises ou de produits financiers et à miser son capital en conséquence ; la spéculation consiste à repérer avant tous les autres des situations où des prix doivent monter ou descendre et d’acheter quand les cours sont bas et de vendre quand les cours sont élevés.
(en anglais : speculation)
, la couverture Couverture Opération financière consistant à se protéger contre un risque lié à l’incertitude des marchés futurs par l’achat de contrats d’assurance, d’actes de garantie ou de montages financiers.
(en anglais : hedge)
du risque prix est impossible. Quand elle est "raisonnable", la spéculation Spéculation Action qui consiste à évaluer les variations futures de marchandises ou de produits financiers et à miser son capital en conséquence ; la spéculation consiste à repérer avant tous les autres des situations où des prix doivent monter ou descendre et d’acheter quand les cours sont bas et de vendre quand les cours sont élevés.
(en anglais : speculation)
a donc une utilité économique réelle sur des marchés caractérisés par une dérégulation Dérégulation Action gouvernementale consistant à supprimer des législations réglementaires, permettant aux pouvoirs publics d’exercer un contrôle, une surveillance des activités d’un secteur, d’un segment, voire de toute une économie.
(en anglais : deregulation).
croissante
.

Le problème est qu’elle est de plus en plus démesurée, initiant des mouvements haussiers ou baissiers chaotiques pour les acteurs du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
physique. C’est justement ce qui contribue largement à la flambée des prix actuelle : les fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
de pension et autres spéculateurs majeurs ont très massivement spéculé à la hausse
, anticipant de futures hausses de prix sur les marchés physiques. Des hausses qu’ils ont du même coup très largement amplifiées.

C’est ici le cœur du problème. Les fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
d’investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
ont envahi les marchés agricoles. Les tensions sur l’offre provoquées par les dérèglements climatiques, la production d’agrocarburants, l’évolution des régimes alimentaires dans les pays émergents ont transformé l’agriculture en une valeur refuge, comme l’était l’immobilier américain dans un passé proche, pour ces organismes collectifs de détention d’actifs financiers à vocation purement spéculative.

De plus, pariant sur une hausse à long terme des prix alimentaires, ces fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
investissent aujourd’hui le marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
physique
. Ainsi, le fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
d’investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
américain Whitebox Advisors a acheté plusieurs silos à grain appartenant auparavant à Cargill et à ConAgra [11].

Or, ces acteurs de la finance mondiale n’ont pas d’objectif de production et encore moins celui de nourrir la planète. Leur but est des retours à court terme sur leurs investissements.

En achetant des silos à grain ou des terres, comme le fait le fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
français Pergam Finance en Uruguay et en Argentine [12], ils deviennent des acteurs du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
physique et peuvent donc, comme les multinationales, exercer une activité spéculative sur ces marchés, contribuant ainsi à provoquer une rareté fictive. Ce qui leur confère une certaine capacité de "prévision" sur les marchés à terme.

Encadré 8. Synthèse du rôle de la spéculation Spéculation Action qui consiste à évaluer les variations futures de marchandises ou de produits financiers et à miser son capital en conséquence ; la spéculation consiste à repérer avant tous les autres des situations où des prix doivent monter ou descendre et d’acheter quand les cours sont bas et de vendre quand les cours sont élevés.
(en anglais : speculation)
, à terme et physique, dans la formation des cours internationaux des produits de base agricoles

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Source : International Herald Tribune du 17 avril 2008 ; Financial Times du 25 avril 2008. Schéma Gresea 2008.

En synthèse, les marchés à terme présentent une utilité économique réelle : ils permettent à un certain nombre d’acteurs de se protéger contre les effets économiquement néfastes de l’instabilité des prix sur les marchés physiques. Du moins est-ce le cas pour les négociants, ainsi que pour les agriculteurs à même d’utiliser ces marchés à terme [13].

En même temps, les marchés à terme sont aujourd’hui l’objet d’une véritable dérive spéculative, qui témoigne d’un manque cruel de régulation quant à leur fonctionnement.

Cela étant, quelle que soit l’utilité des marchés à terme dans le secteur agricole, il est une chose qu’il ne faut jamais oublier : ces marchés n’ont de sens que dans un contexte de forte volatilité des prix sur les marchés physiques. Or cette instabilité ne tombe pas du ciel. En dernière instance, elle est fondamentalement le fruit d’une absence de volonté politique forte de réguler les prix de marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
agricoles en vue de les rendre à la fois plus stables et plus décents pour les agriculteurs, et plus raisonnables pour les consommateurs. En d’autres termes, la forte volatilité des prix agricoles n’est pas une fatalité. Dès lors, pourquoi ne pas chercher à la réduire, en recourant aux outils de politique économique Politique économique Stratégie menée par les pouvoirs publics en matière économique. Cela peut incorporer une action au niveau de l’industrie, des secteurs, de la monnaie, de la fiscalité, de l’environnement. Elle peut être poursuivie par l’intermédiaire d’un plan strict ou souple ou par des recommandations ou des incitations.
(en anglais : economic policy).
nécessaires pour ce faire [14] ? Ne serait-ce pas un moyen bien plus efficace pour en éviter les effets néfastes ? Ce n’est certes pas dans l’intérêt des fonds Fonds (de placement, d’investissement, d’épargne…) : société financière qui récolte l’épargne de ménages pour l’investir ou le placer dans des produits financiers plus ou moins précis, parfois définis à l’avance. Il existe des fonds de pension, des fonds de placement, des fonds de fonds qui sont proposés à tout un chacun. En revanche, les hedge funds (fonds spéculatifs) et les private equity funds sont réservés à une riche clientèle.
(en anglais : fund)
de pension et autres grands spéculateurs, qui ont absolument besoin de cette volatilité pour s’adonner à leurs pratiques spéculatives. Mais c’est l’une des conditions sine qua non pour espérer enrayer la crise alimentaire de manière durable. Le tout, évidemment, est de savoir ce que l’on veut…





[1] DUNNING, John, The new style Multinationals, Londres, Unwin Hyman,1988.

[2] Le site de l’Encyclopédie canadienne : http://www.thecanadianencyclopedia.....

[3] Le site de la multinationale Cargill, http://www.cargill.com/about/index.htm

[4] Le site du magazine financier Fortune, http://money.cnn.com/magazines/fort...

[5] Cette définition de la productivité agricole est pour le moins réductrice. En effet, elle réduit d’une certaine manière la production agricole d’une exploitation à celle d’une seule culture, alors qu’un grand nombre d’exploitations agricoles à travers le monde, en particulier dans les pays en développement, associent plusieurs cultures sur une même parcelle (souvent une dizaine).

[6] BRASSEUL, Jacques, Introduction à l’économie du développement, Paris, Armand Colin, 2008.

[7] Voir sur le sujet : MADELEY, John, Le commerce de la faim, Paris, Charles Léopold Mayer, 2002.

[8] Monsanto arrose l’Argentine de soja et de maladies génétiquement modifiées, l’Observatoire des Entreprises du Gresea, 2007, http://www.gresea.be/securitedestra... .

[9] La filière Soja-Poulet de Cargill/Mac Donald’s détruit la forêt amazonienne, l’Observatoire des Entreprises du Gresea, 2006, http://www.gresea.be/eludernormesen....

[10] BERTHELOT, Jacques, Souveraineté alimentaire, prix agricoles et marchés mondiaux, Niamey, Forum sur la souveraineté alimentaire, 2006.

[11] Le New York Times du 5 juin 2008.

[12] Libération du 10 août 2006.

[13] Les choses sont en revanche bien différentes pour une grande majorité de paysans des pays en développement qui, pour des raisons diverses dont un manque de moyens financiers, ne peuvent recourir aux marchés à terme.

[14] Il s’agit en particulier des instruments de la « gestion de l’offre », que l’on peut sommairement définir comme l’ensemble des mécanismes susceptibles d’adapter l’offre à la demande, en vue de garantir des prix de marché plus stables et plus décents. Si la gestion de l’offre n’apparaît plus aujourd’hui politiquement réaliste, elle n’en est pas moins techniquement faisable dans bien des contextes, en particulier à l’échelle nationale.

P.-S.

Ce texte a servi de base à une intervention devant 25 personnes lors de l’inauguration du stand de la FUGEA (Fédération Unie de Groupements d’Agriculteurs et d’Eleveurs) dans le cadre de la foire agricole de Libramont le vendredi 25 juillet 2008.

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