Timberland, victime des boursicoteurs


Lundi 11 juillet 2011, Erik Rydberg, 2429 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Timberland a créé autour de sa marque une aura qui a su plaire. Ses bottes, c’est la vie en plein air, le cow-boy Marlboro sans la cigarette. Et le style maison, entreprise familiale qui en est à sa troisième génération, c’est une responsabilité sociale copain-copain, électricité verte et des employés choyés qui font des heures de travaux d’intérêts généraux, enfin, presque, il y a eu un pépin avec un fournisseur chinois qui maltraitait les siens, vite réglé. Mais il n’est pas sûr que ce modèle de capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
sympa va survivre longtemps. Timberland a été racheté pour 2,3 milliards de dollars par VF Corporation, 7,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
en 2010 pour un résultat net de 713 millions, en hausse de 55%. Là, c’est un autre style. Sa spécialité, c’est la gestion active de portefeuille Portefeuille Ensemble de titres détenus par un investisseur, normalement comme placement.
(en anglais : portfolio).
ou, pour parler moins pudiquement, le rouleau compresseur. Il ne crée rien, il achète, empile les possessions : Lee, Wrangler, Eastpack, NorthFace, Nautica, Kipling et donc, désormais, Timberland. Ajouter une stratégie de conquête guerrière : l’Asie où il veut croître de 28% (35% en Chine), les magasins en nom propre qui vont être multipliés par deux pour être portés à 1.500 (la marge y est de 10 points supérieure à celle des grands magasins) et puis la marge opérationnelle, naturellement, elle était de 9% chez Timberland mais ses travailleurs vont devoir se faire à l’idée d’en fournir 20%. Certains d’entre eux ont dû se demander ce qui leur est tombé sur la tête, idem pour Jeffrey Swartz, le petit-fils du fondateur. Ce qui leur est tombé sur la tête n’est pas très compliqué. Timberland a eu la mauvaise idée d’entrer en Bourse Bourse Lieu institutionnel (originellement un café) où se réalisent des échanges de biens, de titres ou d’actifs standardisés. La Bourse de commerce traite les marchandises. La Bourse des valeurs s’occupe des titres d’entreprises (actions, obligations...).
(en anglais : Commodity Market pour la Bourse commerciale, Stock Exchange pour la Bourse des valeurs)
. Avec 73,5% des titres, la famille Swartz pouvait penser que l’avenir était assuré, même en cas de revers passager : au 1er trimestre 2011, le titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende ou intérêt).
(en anglais : financial security)
a chuté de 29%. C’était assez pour ébranler les "investisseurs" (propriétaires des 26,5% restants) qui ont forcé la main de Swartz afin qu’il accepte l’offre de VF Corporation. Logique. Le montant de rachat représentait une plus-value Plus-value En langage marxiste, il s’agit du travail non payé aux salariés par rapport à la valeur que ceux-ci produisent ; cela forme l’exploitation capitaliste ; dans le langage comptable et boursier, c’est la différence obtenue entre l’achat et la vente d’un titre ou d’un immeuble ; si la différence est négative, on parlera de moins-value.
(en anglais : surplus value).
de 43% sur la valeur du titre Titre Morceau de papier qui représente un avoir, soit de propriété (actions), soit de créance à long terme (obligations) ; le titre est échangeable sur un marché financier, comme une Bourse, à un cours boursier déterminé par l’offre et la demande ; il donne droit à un revenu (dividende ou intérêt).
(en anglais : financial security)
. La morale de l’histoire ? Elle est donnée par Michael Skapinker dans le Financial Times : "Lorsqu’une entreprise familiale décide d’être cotée en Bourse Bourse Lieu institutionnel (originellement un café) où se réalisent des échanges de biens, de titres ou d’actifs standardisés. La Bourse de commerce traite les marchandises. La Bourse des valeurs s’occupe des titres d’entreprises (actions, obligations...).
(en anglais : Commodity Market pour la Bourse commerciale, Stock Exchange pour la Bourse des valeurs)
, son destin passe en d’autres mains."

Source : Financial Times du 24 juin 2011 et les Échos du 29 juin 2011.