Dräxlmaier se jouent des espoirs des travailleurs slovaques.


Mardi 5 septembre 2006, GRESEA ASBL, 2108 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Au cours du mois de mai 2006, le conte de fées auquel avaient cru les 25.000 habitants de la petite ville slovaque de Rimavska Sobota s’est mué en une cruelle désillusion. Cette ville, qui connaît le plus fort taux de chômage du pays (28%), avait pensé que son développement économique en bonne voie. C’est que l’équipementier automobile allemand Dräxlmaier (42 usines réparties dans 17 pays) avait décidé le 22 mars 2006 d’y investir à terme plus de 15 millions d’euros pour y implanter une de ses filiales et y développer des systèmes électroniques destinés principalement aux voitures Audi. Avec, à la clé, la création de quelque 4.500 emplois. L’affaire semblait bien engagée et la commune avait mis les petits souliers dans les grands, en faisant pour ainsi dire cadeau des douze hectares nécessaires : achetés 6,50 euros le mètre carré, ils avaient été refacturés, dans le contrat de vente avec Dräxelmaier, à 26 centimes... Las ! quelques semaines plus tard, le 9 mai 2006, une lettre de renom lui parvenait. Les formules ampoulées de la missive, raconte Ladsilav Kovacs, le fonctionnaire slovaque qui avait négocié le contrat, cachait mal la raison véritable du désistement : "Nous vous trouvons, malgré tout, trop chers." L’intérêt de Dräxelmaier pour la Slovaquie tenait naturellement à ses bas salaires qui, avec un taux horaire de 5,39 euros, sont sept fois inférieur à ceux pratiqués en Allemagne (39,02 euros) – tout en restant... nettement moins "compétitifs" qu’en Roumanie (2,34 euros). Dräxelmaier, manifestement, a ressorti sa calculette... Selon Kovacs, le changement de stratégie ne serait pas uniquement le fait de Draxlmaier, qui n’ignorait pas, d’entrée de jeu, la configuration salariale. Le problème est ailleurs : Volkswagen, propriétaire à 99% des automobiles Audi (le plus gros client de Dräxelmaier), exercerait en effet de fortes pressions sur ses sous-traitants afin de réduire ses coûts de production. C’est ce qu’on appelle un malheureux effet domino.

Source NRC Handelsblad du 29 juillet 2006