Le tiers-monde dans les champs de fraises anglaises


Jeudi 27 juillet 2006, GRESEA ASBL, 2187 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Deux chaînes de supermarchés britanniques, Tesco et Sainsbury, ont commencé en juillet 2006 une enquête sur leur principal fournisseur de fraises, S&A Davies. Celui-ci utilise en effet une main d’œuvre étrangère dans des conditions de travail qui sont proches de l’esclavage. Ainsi, les travailleurs immigrés, qui s’engagent à venir couper des fraises dans les champs du Hertfordshire en Grande-Bretagne, signent souvent un contrat dans une langue qu’ils ne comprennent pas et pour lequel ils payent 440 euros avant même de commencer le travail. L’endroit est surnommé "Auschwitz-sur-Brierley", ce qui veut tout dire : le cantonnement est entouré de barbelés et son entrée est gardée. Chaque année, 3.500 travailleurs saisonniers, presque tous en provenance d’Europe de l’Est et de Russie, viennent ici attirés par un salaire "attrayant" (comparé aux conditions de vie de leur pays d’origine) : tarif horaire au taux minimum de 7,3 euros, qui vont fondre comme neige au soleil. Car les travailleurs, qui s’entassent à cinq par caravane, doivent, entre autres frais, payer un loyer hebdomadaire de 50 euros/personne, et sortir leur porte-monnaie à tout instant s’ils veulent profiter de l’une ou l’autre distraction. C’est 2 euros par soirée pour l’accès à la salle de télévision, 4,5 euros pour la salle de ping-pong, 9 euros pour un peu de disco… Et toutes ces dépenses sont reviennent naturellement…dans les caisses de S&A Davies. Pour bon nombre de travailleurs, le salaire ne suffit pas à couvrir tous leurs frais sur place et il n’est pas rare de les voir s’endetter vis-à-vis de leur employeur. Là-dessus : absence d’infrastructure médicale, fort isolement des travailleurs (la ville la plus proche est à trois kilomètres) et non respect de la durée maximale du travail (39 heures/semaine – on est en Grande-Bretagne) : tout cela fait vraiment très "camp de concentration", pour reprendre les mots d’une syndicaliste polonaise. Graham Neal, le gérant de S&A Davies rétorque : "Nous respectons la loi".

Sources : La Tribune 23 juin 2006, The Daily Telegraph, 15 juillet 2006.