Les secrets du tee-shirt H&M


Mardi 21 décembre 2010, Erik Rydberg, 2871 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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C’est une jolie enquête à laquelle Wolfgang Uchatius s’est livré. Que se cache-t-il derrière un tee-shirt de la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
suédoise Hennes & Mauritz, empire dont les 2.078 magasins s’étendent sur 38 pays ? Elle produit un gros rapport (85 pages) vantant sa "durabilité" mais rien n’y explique comment, sans posséder une seule usine, elle arrive à vendre des tee-shirts pour un prix défiant toute concurrence, 4,95 euros. Le premier secret, révèle Uchatius, c’est la moissonneuse John Deere 7460 Cotton Stripper made in USA, elle abat le travail de 300 travailleurs et fournit à bas prix, grâce aux subsides généreux du gouvernement américain, la matière première Matière première Matière extraite de la nature ou produite par elle-même, utilisée dans la production de produits finis ou comme source d’énergie. Il s’agit des produits agricoles, des minerais ou des combustibles.
(en anglais : raw material)
, environ 40 centimes pour chaque lot de 400 grammes de coton qui entrent dans un tee-shirt (8% du prix de vente final). Le coton made in USA part ensuite – deuxième secret – vers le Bangladesh. Par exemple chez Dulal Brothers Limited, ils traitent 50 tonnes de coton par an, cela fait quelque 125.000 Tee-shirts dont la moitié sera vendue à H&M. La multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
suédoise ne court aucun risque : aucun investissement Investissement Transaction consistant à acquérir des actifs fixes, des avoirs financiers ou des biens immatériels (une marque, un logo, des brevets…).
(en anglais : investment)
en machines, aucun personnel de production, tout cela, c’est pour Dulal Brothers – et ses ouvrières. Elles gagnent 1,18 euro par jour et, étant soumises à un quota de production de 250 tee-shirts par jour, cela fait un salaire à l’unité d’un demi-centime (0,47) ou, si on préfère, moins d’un pour cent (0,09%) du prix de vente final. Le deuxième secret de l’empire H&M, comme observe Uchatius, est de vendre des marchandises avec les coûts de production du 19e siècle. Dulal Brothers reçoit pour cela 1,40 euro par tee-shirt, prix fixé par H&M dont les émissaires sillonnent l’Asie pour mettre en concurrence les ateliers de labeur, et ce montant doit couvrir les achats à l’agrobusinessman américain, les machines, les installations et les ouvrières tout en ménageant un bénéfice coquet au businessman bangladeshi. Cela ne couvre pas le transport vers l’Europe. Là, c’est la multinationale danoise du transport maritime par conteneurs Maersk. 7.300 kilomètres par mer, environ 34.000 tee-shirts par conteneur embarqué et pour un coût âprement négocié (H&M exige un rabais de 25%) de 2.100 euros : cela fait 6 centimes par tee-shirt (1,2% du prix de vente final) et c’est le troisième secret de H&M, dont son rapport de "durabilité" ne dit rien. Terminons. Un Tee-shirt de 4,95 euros, c’est 1,40 euro (27%) pour le Bangladesh (coton made in USA inclus : 40 centimes), 6 centimes pour Maersk, 2,16 euros (44%) pour la commercialisation en Europe, 79 centimes (16%) pour la TVA et 60 centimes (12%) en profit. Voilà qui sans doute est durablement profitable.

Source : Die Zeit, 16 décembre 2010. (Article en ligne : http://www.zeit.de/2010/51/Billige-T-Shirts )