Le coût salarial chez General Motors ? Dérisoire...


Mercredi 10 mai 2006, GRESEA ASBL, 1960 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le discours dominant de l’économie libérale vulgaire insiste sans cesse sur la nécessité de réduire le coût du travail et par exemple, pour soi-disant éviter une délocalisation Délocalisation Transfert de production vers un autre pays. Certains distinguent la délocalisation au sens strict qui consiste à déplacer des usines ailleurs pour approvisionner l’ancien marché de consommation situé dans la contrée d’origine et la délocalisation au sens large qui généralise ce déplacement à tout transfert de production.
(en anglais : offshoring).
, un petit refrain qui sert d’ordinaire de prélude à un chantage sur l’emploi et les salaires. Cela tient la route ? L’analyse assassine que Thomas Fuller a fait de cette idée reçue dans sa lumineuse chronique "The Workplace" (International Herald Tribune) remet les pendules à l’heure. Il prend en exemple l’usine General Motors installée au sud-est de Bangkok (Thaïlande). Le salaire mensuel (comparable à celui pratiqué en Chine mais supérieur à ceux du Viêt-nam ou d’Indonésie) y est de 200 dollars, soit... le trentième de ce que gagne l’ouvrier d’usine qualifié aux Etats-Unis, qui en gagne autant par jour. On pourrait en déduire que, là, les ouvriers occidentaux jouent perdants, pas concurrentiels pour un sou. Eh bien, faux. En s’appuyant sur une étude comparative des coûts de construction automobile en Thaïlande et au Japon, réalisée par Yamamoto, un consultant indépendant installé à Bangkok, Thomas Fuller rappelle cette vérité que la main d’œuvre ne représente en réalité qu’une part minime des coûts de production d’une automobile. Au Japon, c’est 9%, contre 80% pour les matières premières. C’est presque la même chose en Thaïlande, où les salaires pèsent de 2 à 3% et les matières premières 86% - ce qui signifie que les (très) bas salaires thaïlandais ne font d’une certaine manière que compenser le coût plus élevé des matières premières. Ajouter à cela les frais de transport, qui s’élèvent, au départ de la Thaïlande, à 700 dollars par voiture produite expédiée en Australie, et à 1.100 dollars si elle doit être vendue au Moyen-Orient. Morale de l’histoire : on a toujours intérêt à distinguer faits et propagande.

Source : International Herald Tribune, 12 avril 2006.