Texte de référence. Le cas d’école Pechiney.


Lundi 5 mars 2007, Erik Rydberg, 2677 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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C’est un décryptage lumineux de l’économie contemporaine que Beaud, Danjou et David ont offert, en 1975, au départ du cas Pechiney. Racheté en 2003 par le canadien Alcan, Pechiney était encore, à cette époque, le premier groupe industriel privé de France, son "fer de lance", une multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
disposant de plus de 460 usines, via 256 filiales, dans 40 pays, et quelque 100.000 salariés. Ce n’est pas venu tout seul. Héritière des trois plus vieilles entreprises françaises, Kuhlmann (1825), Pechiney (1855) et Ugine (1889), fusionnée en 1971 sous le nom de PUK, le géant français de l’aluminium a su bien manœuvrer. La Première Guerre mondiale, c’était business as usual, très profitable. Et cela reste du capitalisme Capitalisme Système économique et sociétal fondé sur la possession des entreprises, des bureaux et des usines par des détenteurs de capitaux auxquels des salariés, ne possédant pas les moyens de subsistance, doivent vendre leur force de travail contre un salaire.
(en anglais : capitalism)
paternaliste, avec "esprit maison", "œuvres sociales", cités ouvrières (40% du personnel y sont logés) et "intégration des salariés aux buts de l’entreprise ("cercles d’excellence" avant la lettre). Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, après Vichy ("revanche de la bourgeoisie sur les affres du Front populaire") et sous les auspices de la "pax americana", ce sera restructuration et multinationalisation, avec le "soutien actif" de l’Etat (partenariat public-privé avant la lettre) : une filière intégrée, au capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
dilué, avec contrôle complet de la chaîne de production (et des approvisionnements) en France et, ailleurs, une stratégie des chaînons isolés, assujettis. Tiers-monde, s’abstenir. Le Niger l’apprendra à ses dépens. En 1974, son président, Diori Hamani payera d’un putsch militaire ses velléités d’augmentation du prix de l’uranium (nécessaire à l’énergivore PUK, il absorbait 8% de la production d’EDF), voire d’en nationaliser les mines. Les travailleurs ? A peine mieux lotis, à peine moins exploités. En 1938, il faut 5 heures à un ouvrier (travail posté, le 3x8 débilitant) pour extraire une tonne de bauxite, et seulement 54 minutes en 1970 : cette multiplication par cinq de la productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
ne le rendra pas cinq fois mieux payé, que du contraire. Les auteurs estiment à 2 milliards d’anciens francs français "la masse de plus-value Plus-value En langage marxiste, il s’agit du travail non payé aux salariés par rapport à la valeur que ceux-ci produisent ; cela forme l’exploitation capitaliste ; dans le langage comptable et boursier, c’est la différence obtenue entre l’achat et la vente d’un titre ou d’un immeuble ; si la différence est négative, on parlera de moins-value.
(en anglais : surplus value).
extorquée aux travailleurs". Mais, motus... La presse, soi-disant 4e pouvoir, soulignent les auteurs, est "un facteur efficace de diffusion des idées patronales", dont elle reprend "mot pour mot les communiqués". C’est un livre salutaire. Il faut aller aux sources, retourner aux textes qui éclairent.

Source : "Une multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
française – Pechiney Ugine Kuhlmann", Michel Beaud, Pierre Danjou et Jean David, Seuil, Coll. Economie et société, 1975, 288 pages. Disponible au Centre de documentation du Gresea.