Le droit social chinois mis sous pression par les transnationales US.


Mardi 21 novembre 2006, Erik Rydberg, 3147 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Les pressions exercées sur les sociétés transnationales pour qu’elles fassent respecter des normes sociales par leurs sous-traitants dans le tiers-monde sont riches en contradictions et effets pervers. C’est ce qu’illustre bien l’article de Dexter Roberts et Pete Engardio publié dans l’Independent on Sunday sous le titre évocateur "La Chine trime sous la pression des exigences américaines" ("China’s sweating under the strain of US demands"). Voilà en effet une entreprise chinoise, Beifa, 3.000 ouvriers à Ningbo attelés à la production de petit matériel de bureau pour Wal-Mart (les USA importent pour 280 milliards de dollars de marchandises Made in China en 2006), qui risque de perdre le contrat au motif qu’elle viole la réglementation en matière de salaire minimum et de durée du travail. (Soit 45 à 101 dollars par mois, avec un plafond de 40 à 44 heures par semaine, mais comme le souligne l’article, "Beijing rencontre des difficultés à convaincre les autorités locales à faire appliquer les lois du travail"). Les sociétés transnationales, là-dedans ? Elles se donnent le beau rôle, elles invoquent leurs codes de conduite et assurent qu’elles vont "intensifier les inspections" (sic) dans les usines sous-traitantes, Nike ajoutant, la main sur le cœur : "Nous sommes arrivés à la conviction que, autant le monitoring est crucial pour mesurer la performance de nos fournisseurs, autant il n’induit pas en soi des améliorations durables." C’est, naturellement, risible. Voir ainsi – réponse du berger à la bergère – , la réaction du directeur de Shoetown Footwear, fournisseur chinois de Nike : comment voulez-vous que nous respections ces normes lorsque Nike & Co. nous refusent d’augmenter nos prix ? En l’espace de dix-huit ans, dit-il, sa marge bénéficiaire est passée de 30 à 5% pour satisfaire aux exigences de Nike. Il y a, pour le moins, hiatus. C’est ce que met bien en évidence l’analyse du "partage" transnationale Transnationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : transanational)
/fournisseur réalisée par Thomas Fuller dans l’International Herald Tribune (titre évocateur également : "Billions in trade gap, pennies for the workers") : sur une paire de bottes vendue 49,99 dollars aux USA, le fabricant chinois ne gagne que 15,30 dollars, un petit tiers du prix de vente dont on déduira près de 11 dollars de matières premières (importations des États-Unis incluses...), ce qui laisse 65 cents de bénéfice (1,3% par rapport au prix de vente, 4,2% sur la "part" chinoise) et 1,3 dollar pour les travailleurs chinois (2,6% du prix de vente, 8,5% sur la part chinoise). Dit autrement, prôner l’amélioration du salaire et des conditions de travail dans le tiers-monde sans dénoncer en même temps la pression à la baisse sur les prix imposés aux sous-traitants (mis en concurrence) est non seulement illusoire, mais parfaitement cynique.

Source : The Independent on Sunday, 19 novembre 2006 et International Herald Tribune du 4 août 2006 (accessible en ligne, en anglais et sans le graphique de décomposition des prix http://www.iht.com/articles/2006/08/03/business/produce.php )