Volkswagen Forest -moins- 20% : un attrape-nigaud, les 4.000 emplois à la trappe ?


Mardi 5 décembre 2006, GRESEA ASBL, 3088 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le 22 novembre dernier, après un conseil d’administration extraordinaire, VW annonce la suppression de 4.000 des 5.200 emplois que compte le site de Forest. Cette décision unilatérale va plonger l’ensemble du pays, des sphères dirigeantes aux organisations de travailleurs, dans la stupeur et l’indignation...
Quelques jours passent (lire : le 1er décembre) et VW propose, par l’entremise du Premier ministre Verhoftsadt, de garantir 3.000 emplois, d’une part par la production de l’Audi A1 à Forest à partir de 2009 et, d’autre part, apprendra-t-on plus tard, grâce à quelques "idées concrètes pour la phase transitoire", dixit M. Steingraber, directeur de l’usine belge. Naturellement, il y a un prix à payer. La condition mise à ce "plan de relance", outre un apport substantiel de l’Etat belge (nouvelles réductions de cotisations patronales), est que les travailleurs doivent s’aligner sur les coûts salariaux de l’usine de Mosel (ex-RDA...), qui pèsent... 20% moins lourd. Le tout via un passage de 35 à 38 heures/semaine sans compensation salariale et une "modification de l’organisation générale du travail". Traduction : flexibilité à outrance. Pour résumer, les ouvriers "chanceux" de Forest (car 2.200 d’entre eux resteront sur le carreau) devront produire plus pour moins cher et, selon Guy Verhofstadt, reprendre le travail au plus vite.
Tout cela a un air de déjà vu. Dans un passé récent, VW a en effet été confronté à des restructurations d’ampleur en Allemagne et, si les stratégies diffèrent dans la forme, elles ne le font guère sur le fond. En 2001, ainsi, la direction du géant allemand a créé la société "Auto 5000", une sorte de société dans la société permettant, par une nouvelle convention collective (sans heures supplémentaires, sans primes, etc.), d’embaucher à moindre coût. Combien moins ? Là, amusant : 20% moins... (Le nom de cette société clé sur porte est en soi tout un symbole : il s’agissait d’embaucher 5.000 travailleurs à l’usine de Wolfsburg en les payant 5000 Deutsche Mark (2500 euros) bruts par mois, d’où "Auto 5000".) Même chose plus près de nous, en septembre 2006, puisque c’est sous la menace de suppressions massives d’emplois que les syndicats allemands se verront obligés d’accepter l’allongement du temps de travail (de 28 à 33 heures/semaine) sans augmentation salariale dans toutes les usines ouest-allemandes du constructeur automobile. Chaque fois donc, grand prince, la direction du groupe laisse "le choix" au travailleur : soit travailler plus pour moins cher, soit se retrouver à la rue.
Tout bien considéré, il n’est pas interdit de s’interroger : la suppression des 4.000 emplois n’était-elle pas, en réalité, un "effet d’annonce", un chantage déguisé ayant pour seul but d’y diminuer les coûts de production ? L’histoire nous le dira. Peut-être.

Sources : De Tijd du 2 décembre 2006, De Standaard du 2 décembre 2006, La Libre Belgique du 5 décembre 2006, le site des métallos liégeois http://www.6com.be/.