L’affaire ne manque pas d’intérêt. La Commission britannique de la concurrence, considérée comme une des plus compétente en Europe, a rendu publics les résultats d’une enquête de 18 mois sur le secteur de la distribution, extrêmement concentré en Grande-Bretagne. Quatre grosses chaînes ont mainmise sur 73% des ventes. En arrière-plan : les craintes du public devant la puissance croissante des grandes chaînes qui, comme Tesco (30% du marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
), apparaissent à d’aucuns comme des "forces sinistres". Maintenant, que cherchait l’enquête ? C’est là que cela devient intéressant – et peut-être inquiétant. Jusqu’ici, note l’Economist, la manière d’agir des entreprises était jugée à l’aune de l’intérêt public, l’intérêt général si on préfère. Or, par cette enquête, la Commission britannique opère un tournant "subtil mais perceptible" dans sa politique de concurrence. En examinant si les pratiques d’achat des grandes chaînes étaient susceptibles de léser leurs fournisseurs, la Commission note en effet, en conclusion, non seulement que cela n’aurait pas été le cas mais – virage capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
, naturellement – que les consommateurs en sortent gagnants, en termes de produits vendus moins chers. Ce n’est donc plus la diversité des produits (signe d’une saine concurrence) dans les étalages qui prime, mais leur bas coût. Aussi longtemps que les prix affichent une tendance à la baisse, il n’y a pas, en d’autres termes, de problème pour la Commission – quelles qu’en soient les conséquences, par exemple, pour les petits fermiers et le petit commerce de détail. L’orientation nouvelle de cette enquête fera-t-elle jurisprudence sur la définition de l’abus de position dominante en Europe ? Pour l’Economist, l’étude ne passera pas inaperçue dans les milieux intéressés, et sera sans doute souvent citée de manière partisane. Autant savoir.

Source : The Economist, 17 février 2007.