Electrolux, modèle de délocalisation.


Jeudi 15 mars 2007, Erik Rydberg, 2382 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le géant suédois de l’électroménager Electrolux est réputé pour avoir mis en œuvre un des plus grands programmes de restructuration jamais réalisé par une multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
. Au cours des cinq dernières années, il a fermé ou vendu 22 usines dans des pays à hauts salaires (supprimant au passage 14.000 emplois) tout en ouvrant 12 usines dans des pays à bas salaires (Europe de l’Est et Asie). L’approvisionnement en composants, qui pèse par an 7 milliards de dollars, a été réorienté, à hauteur de 40%, vers des pays à bas salaires. C’était 15% en 2002 et Electrolux vise 60% d’ici à 2009. Seuls 40% de la production reste actuellement réalisée dans des pays à hauts salaires, contre 85% en 2002. Ici, amusant, car il n’est pas rare d’entendre, lorsque des "économistes" (lisez : les experts mercenaires) se penchent sur le "phénomène délocalisation Délocalisation Transfert de production vers un autre pays. Certains distinguent la délocalisation au sens strict qui consiste à déplacer des usines ailleurs pour approvisionner l’ancien marché de consommation situé dans la contrée d’origine et la délocalisation au sens large qui généralise ce déplacement à tout transfert de production.
(en anglais : offshoring).
", que la recherche d’une réduction des coûts de production n’en est pas, de loin, le premier objectif, mais plutôt une quête de nouveaux marchés. Electrolux est plus franc : ces initiatives, informe-t-elle, lui ont permis d’économiser quelque 490 millions de dollars par an. Maintenant, amusant, bis : car ces efforts n’ont pas, jusqu’ici, donné des résultats tangibles. Le profit opérationnel d’Electrolux en 2005 fait du sur place, ne décolle pas, reste identique à celui de 2004, donc : croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
zéro. Là, cela rejoint un des constats de l’enquête menée par une équipe de chercheurs du Massachusetts Institute of Technology auprès de 500 entreprises, dont Suzanne Berger a condensé les résultats dans un petit ouvrage éclairant intitulé "Made in Monde". Constat : il n’y a pas de solution miracle, la délocalisation Délocalisation Transfert de production vers un autre pays. Certains distinguent la délocalisation au sens strict qui consiste à déplacer des usines ailleurs pour approvisionner l’ancien marché de consommation situé dans la contrée d’origine et la délocalisation au sens large qui généralise ce déplacement à tout transfert de production.
(en anglais : offshoring).
n’est pas la voie royale, car "les grandes firmes sous-estiment souvent la plupart des coûts liés à la délocalisation" (gestion de la chaîne d’approvisionnement, frais de courtage, transport, etc.) et, comme indique une étude de soixante cas, "la main d’œuvre ne représente en moyenne que 2% du coût total d’un projet." Donc, Electrolux a tout faux ? C’est un pas qu’on ne franchira pas. Délocaliser, c’est aussi, et peut-être surtout, imprimer une pression globale sur les salaires. Vers le bas, quoi d’autre ?

Source : Financial Times, 13 février 2007 et "Made in Monde", Suzanne Berger, Editions du Seuil, Coll. Points Economie, 2006.