Swissair, victime de l’idéologie néolibérale.


Dimanche 25 mars 2007, Erik Rydberg, 1706 signes.
Cet article a été visité 105 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

Au terme du procès Swissair (sur le banc des accusés, tous les dirigeants, tous jouant au petit jeu peu glorieux du "c’est-pas-moi, c’est-lui"), le chroniqueur du Financial Times John Kay s’est fendu d’un petit commentaire assassin. La débâcle – prévisible mais inutile – du fleuron helvète de transport aérien ? Elle repose toute entière sur les épaules de son PDG, Philippe Bruggisser et sa foi infantile dans le postulat que la "mondialisation exige une concentration débouchant sur quelques opérateurs globaux", d’où une stratégie industrielle mise en en œuvre à partir de 1997 (projet Hunter) qui imagine de faire de la provinciale Zurich (population 350.000) un "hub" mondial et dont le trait principal est d’avoir été, du début jusqu’à sa lamentable conclusion, totalement "déconnectée de la réalité". Swissair avait tout pour prospérer... modestement, dans sa propre niche : service Service Fourniture d’un bien immatériel, avantage ou satisfaction d’un besoin, fourni par un prestataire (entreprise ou l’État) au public. Il s’oppose au terme de bien, qui désigne un produit matériel échangeable.
(en anglais : service)
de qualité, robustesse d’un business sans nonsense, image de marque, etc. La mégalomanie de Bruggisser (stimulée par les mercenaires du "blabla expert" de McKinsey, comme précisera dans un courrier le directeur de Cathay Pacific Airlines) lui sera fatale. La poule aux œufs d’or, clouée au sol, à jamais. Verdict de John Kay : "M. Bruggisser a rejoint la longue liste de généraux, de dictateurs et de dirigeants d’entreprise dont les rêves de conquêtes mondiales se sont achevés sur un paysage de ruines." C’est amusant. D’ordinaire, ce sont les entreprises publiques qu’on accuse d’irrationalité économique. Nationalisée, Swissair n’en serait peut-être pas là. Ce n’aurait pas été pire, en tous les cas.

Source : Financial Times, 20 et 21 mars 2007.