Les ambiguïtés du jouet "made in China".


Samedi 18 août 2007, Erik Rydberg, 2884 signes.
Cet article a été visité 115 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

L’affaire des "jouets contaminés" qui a vu, en juillet et en août 2007, des multinationales américaines du jouet (Mattel, Walt Disney) rappeler des millions de jouets "made in China" enduits de peintures toxiques à base de plomb a été la source de lectures divertissantes dans la presse. L’économie mondialisée serait donc dangereuse pour la santé de nos enfants. Et la Chine, pas très fiable, de surcroît opaque. C’est un des aspects de la question. Une délégation de Mattel (65% de ses Barbies & Co. sont produites en Chine) s’est rendue dare-dare en Chine, y a convoqué ses sous-traitants, leur a fait la leçon, leur a fait signer un avenant au contrat : merci de respecter les normes de sécurité à l’avenir. Cela, c’est faire pression. Ce n’est pas toujours la solution miracle. Voir le cas de l’usine Huang Xing Light Manufacturing qui produisait des souvenirs pour une société japonaise dans le cadre d’une licence avec Walt Disney. Mise sous pression, elle aussi, campagnes militantes aidant, pour l’inciter à remédier les mauvaises conditions de travail dans l’usine. Résultat, elle a dû fermer. Il n’est pas dit que le sort de ses travailleurs s’en est trouvé amélioré. Dans le cas des jouets contaminés, on a mis en cause l’opacité de la chaîne d’approvisionnement. La production est sous-traitée, c’est entendu, mais par qui ? Là, on perd le fil. Le sous-traitant Early Light Industrial Company (Hong Kong) est le numéro un du jouet en Asie, il emploie 40.000 travailleurs, il aurait perdu 128.000 dollars à cause des rappels de jouets mais est-ce bien le coupable ? Coupable d’avoir lui-même sous-traité la production de jouets à une société X pour tel composant, dont la peinture a été à son tour sous-traitée à une société Y : marge bénéficiaire oblige, ce sera une peinture de très mauvaise qualité. C’est sans doute le noeud du problème. Dans un audit Audit Examen des états et des comptes financiers d’une firme, de sorte à évaluer si les chiffres publiés correspondent à la réalité. L’opération est menée par une société privée indépendante appelée firme d’audit qui agrée légalement les comptes déposés. Quatre firmes dominent ce marché : Deloitte, Ernst & Young, KPMG et PricewaterhouseCoopers.
(en anglais : audit ou auditing)
de 2005, Mattel relève, pour expliquer que ses sous-traitants chinois ont du mal à respecter les normes (sociales et autres), que "les fournisseurs chinois, et le sociétés qui les approvisionnent, font face à une intense pression sur les prix". Dit autrement, tant qu’on ne touche pas à la logique d’une production au plus bas prix (une "économie de la misère" disait Marx), tous les pépiements en faveur de meilleures conditions de travail ou de biens de consommation de qualité resteront vains.

Sources : Wall Street Journal des 14 et 18 août 2007.

(Le 21 septembre 2007, la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
américaine Mattel se verra forcée de présenter "d’humiliantes excuses publiques". Et pour cause. La plupart des 18 millions de jouets retirés du commerce car dangereux pour les enfants l’étaient à cause d’un "défaut de conception" de Mattel, ce qui exonère totalement les sous-traitants chinois. Financial Times, 22 septembre 2007.)