Les galériens de Siemens devront ramer avec plus d’ardeur.


Lundi 5 novembre 2007, Erik Rydberg, 1672 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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La productivité Productivité Rapport entre la quantité produite et les ressources utilisées pour ce faire. En général, on calcule a priori une productivité du travail, qui est le rapport entre soit de la quantité produite, soit de la valeur ajoutée réelle (hors inflation) et le nombre de personnes nécessaires pour cette production (ou le nombre d’heures de travail prestées). Par ailleurs, on calcule aussi une productivité du capital ou une productivité globale des facteurs (travail et capital ensemble, sans que cela soit spécifique à l’un ou à l’autre). Mais c’est très confus pour savoir ce que cela veut dire concrètement. Pour les marxistes, par contre, on distingue la productivité du travail, qui est hausse de la production à travers des moyens techniques (machines plus performantes, meilleure organisation du travail, etc.), et l’intensification du travail, qui exige une dépense de force humaine supplémentaire (accélération des rythmes de travail, suppression des temps morts, etc.).
(en anglais : productivity)
– la création de plus-value Plus-value En langage marxiste, il s’agit du travail non payé aux salariés par rapport à la valeur que ceux-ci produisent ; cela forme l’exploitation capitaliste ; dans le langage comptable et boursier, c’est la différence obtenue entre l’achat et la vente d’un titre ou d’un immeuble ; si la différence est négative, on parlera de moins-value.
(en anglais : surplus value).
par travailleur – n’est pas loin de figurer parmi les vaches sacrées de la théorie économique. La gauche comme la droite, les patrons comme les syndicats la jugent indispensable. Sa croissance Croissance Augmentation du produit intérieur brut (PIB) et de la production.
(en anglais : growth)
garantit, pour les uns, les profits ; et pour les autres, la possibilité d’une redistribution plus équitable des richesses. Le gâteau sera plus grand. Et le bien-être général, potentiellement, mieux assuré. Sans doute y a-t-il au principe des limites, et donc matière à débat. La preuve par Siemens. Son nouveau PDG, Peter Löscher, obligé de faire ses preuves, de préférence de manière éclatante, a annoncé que les cadres dirigeants de l’entreprise verront désormais leur salaire lié à leur "performance", leur capacité d’atteindre des objectifs de rentabilité. C’est tout tracé. La marge d’exploitation de Siemens est, pour les neuf premiers mois de 2007, de 8,5%, contre 14,7% chez le concurrent américain General Electric. Faudra donc "ramer" avec plus d’ardeur. Comme l’exprime Peter Löscher : "Nous n’avons pas été assez ambitieux pour nos profits." Le message ne s’adresse pas à l’ensemble du personnel. Quelque 10.000 cadres intermédiaires, jugés superflus, seront licenciés, ce qui incitera sans doute les cadres dirigeants à mieux se défoncer. Pour les travailleurs de Siemens, qui furent parmi les premières victimes des politiques d’allongement du temps de travail sans compensation salariale, il n’y a là rien de neuf. Sinon, reposée de manière aiguë, la question de fond : travailler pour qui, comment et pourquoi ?

Source : Financial Times, 2 novembre 2007.