Carrefour & Co., avant tout des rentiers...


Lundi 5 novembre 2007, Erik Rydberg, 2080 signes.
Cet article a été visité 160 fois

Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

Version imprimable de cet article Version imprimable

C’est à une analyse au picrate que se livre Paul Fabra en démontant les ressorts de la "rente énorme et scandaleuse" que Carrefour, Auchan ou Casino se sont octroyés, en parfaite entente avec quelques fabricants de grandes marques (Nestlé, L’Oréal, etc.). Rente extraordinaire, en effet, que ce mécanisme par lequel, obligeant leurs fournisseurs à vendre leurs produits à perte ou à prix écrasés, les tout-puissants de la grande distribution manipulent les prix de telle sorte que cette "ristourne" disparaisse de la comptabilité (le produit est acheté par le distributeur moins cher que le coût facturé, lequel sert de base au calcul de la marge officielle, d’où, pour désigner le "truc", le terme de "marge arrière") et – naturellement – n’est pas répercutée sur le prix demandé au consommateur. C’est, en passant, un tour savant pour contourner la loi, celle-ci interdisant au distributeur de vendre à perte, mais non le fabricant. Et c’est, pour les amateurs d’économie classique, celle où l’offre et la demande détermine le point d’équilibre des prix, y introduire une sournoise hérésie, sachant que ces pratiques ont, pour reprendre l’expression de Fabra, "progressivement érodé la notion même de prix". Cette rente, précise Fabra, doit s’analyser, à froid, comme "un prélèvement privé sur le pouvoir d’achat du consommateur", un consommateur qui, nota bene, "a ainsi financé l’expansion du groupe Carrefour sur les cinq continents". On dit merci à qui, là ? En tout cas, cela marche. Cela marche, avant tout, parce que les fabricants n’ont pas le choix. Cinq distributeurs font à eux seuls la loi en France (c’est le double en Allemagne) et, comme souligne le juriste Hugues Vallette Viallard, "chaque fournisseur risquerait de perdre entre 15% et 25% de son chiffre d’affaires Chiffre d’affaires Montant total des ventes d’une firme sur les opérations concernant principalement les activités centrales de celle-ci (donc hors vente immobilière et financière pour des entreprises qui n’opèrent pas traditionnellement sur ces marchés).
(en anglais : revenues ou net sales)
s’il s’avisait à poursuivre en justice un des puissants acheteurs." On laisse le dernier mot à Paul Fabra : "Le droit n’a pas encore eu raison d’un rapport de forces aussi disproportionné."

Source : Les Echos du 2 novembre 2007.