Tir à boulets rouges contre le salaire minimum allemand.


Jeudi 6 décembre 2007, GRESEA ASBL, 2848 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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L’affaire faisait la une du Financial Times le 6 décembre 2007 : "Trichet passe à l’offensive contre un accord salarial allemand". C’est intéressant à plus d’un titre. En cause, la décision du gouvernement Merkel d’imposer à partir du premier janvier 2008 un salaire minimum de 8 à 9,80 euros de l’heure dans le secteur du courrier postal, comme l’autorise une loi qui lui permet d’étendre au secteur entier un accord salarial intervenu dans une entreprise qui en occupe plus de la moitié des salariés, ce qui est le cas de la Deutsche Post. Seront donc touchés par la mesure les "cowboys" du business postal privé, tels Pin Group, une filiale d’Axel Springer, qui a riposté à boulets rouges en annonçant 1.000 suppression d’emplois (sur un total de 9.000), ou encore la multinationale Multinationale Entreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d’une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères.
(en anglais : multinational)
du courrier express néerlandaise TNT, qui dit avoir gelé ses projets de se lancer dans le courrier postal aux particuliers, un "marché Marché Lieu parfois fictif où se rencontrent une offre (pour vendre) et une demande (pour acheter) pour un bien, un service, un actif, un titre, une monnaie, etc. ; un marché financier porte sur l’achat et la vente de titres ou d’actifs financiers.
(en anglais : market)
" que la Commission européenne (et son "parlement") ont décidé d’ouvrir à la concurrence. Du côté des cowboys, on n’est pas content, du tout : le salaire horaire moyen y est d’environ 7,30 euros et, là, disent-ils, ils vont perdre leur avantage compétitif... Mais c’est aussi la raison pour laquelle le gouvernement allemand a choisi, pour protéger le monopole de la Deutsche Post, d’imposer ce salaire minimum : "Il n’y a pas de concurrence équitable sans des standards minimaux", d’autant que, la pression constante à la baisse des salaires coûte à l’Etat (et à la collectivité) des milliards d’euros en allocations compensatoires aux travailleurs à bas revenus. Ce n’est pas, cependant, du goût de Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale Banque centrale Organe bancaire, qui peut être public, privé ou mixte et qui organise trois missions essentiellement : il gère la politique monétaire d’un pays (parfois seul, parfois sous l’autorité du ministère des Finances) ; il administre les réserves d’or et de devises du pays ; et il est le prêteur en dernier ressort pour les banques commerciales. Pour les États-Unis, la banque centrale est la Federal Reserve (ou FED) ; pour la zone euro, c’est la Banque centrale européenne (ou BCE).
(en anglais : central bank ou reserve bank ou encore monetary authority).
européenne, qui a fustigé publiquement la mesure en termes de "salaire minimum inutile" et de "frein à l’emploi", sur la base du schéma néolibéral classique (hausse des salaires égale inflation Inflation Terme devenu synonyme d’une augmentation globale de prix des biens et des services de consommation. Elle est poussée par une création monétaire qui dépasse ce que la production réelle est capable d’absorber.
(en anglais : inflation)
égale licenciements égale chômage), lequel ne fait pas, on s’en doute, l’unanimité chez les économistes. Le gouvernement allemand, lui, reste de glace et, mieux, souligne que le salaire minimum figure parmi ses premières priorités.
(Le vendredi 14 décembre 2007, le parlement allemand a voté par une majorité écrasante – 84% – l’extension du salaire minimum au secteur du courrier postal privé. Il s’agit, pour mémoire, de 9 euros de l’heure (Allemagne de l’Ouest) et 9,80 euros de l’heure (Allemagne de l’Est), le différentiel moyen actuel étant de 16,63 euros pour la Deustche Post et d’environ 7,30 euros pour les facteurs privés de Pin Group. De dépit, Axel Springer, qui en possède 64%, a annoncé la mise en vente de ce trophée, acquis en 2006. Les Echos du 14 décembre 2007 et le Financial Times du 15 décembre 2007.)

Source : Financial Times du 6 décembre 2007.