Texte de référence : le groupe Lundin en RDC (Katanga).


Vendredi 22 février 2008, Bruno Bauraind, 3275 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Le rapport "Risky Business", réalisé conjointement par les organisations International Peace Information Service (IPIS-Belgique) et SwedWatch (Suède) démontre encore une fois, comment la richesse Richesse Mot confus qui peut désigner aussi bien le patrimoine (stock) que le Produit intérieur brut (PIB), la valeur ajoutée ou l’accumulation de marchandises produites (flux).
(en anglais : wealth)
du sol katangais profite peu aux populations locales et à l’Etat congolais. Ce paradoxe provient, selon les auteurs, du rapport de force déséquilibré qui existe trop souvent entre certains États fragilisés et de puissantes multinationales lors des négociations de contrats de partenariat. La République Démocratique du Congo (RDC) est du nombre. La société Lundin, elle, fait partie des puissants : un holding Holding Société financière qui possède des participations dans diverses firmes aux activités différentes.
(en anglais : holding)
suédois et canadien, spécialisé dans l’extraction de matières premières dans les régions du monde les plus instables. L’Afrique du Sud durant l’Apartheid, hier, le Soudan ou la RDC aujourd’hui. Des risques très bien mesurés néanmoins. Ainsi, dès 1996, Le groupe Lundin profite de la privatisation progressive de l’industrie minière au Congo (Zaïre à cette époque) pour conclure un accord de joint-venture avec la société publique congolaise, la Gécamine. Cet accord va permettre au holding Holding Société financière qui possède des participations dans diverses firmes aux activités différentes.
(en anglais : holding)
suédois de mettre la main sur 55% de la nouvelle société issue du partenariat, la Tenke Fungurume Mining (TFM). L’accord sera rapidement dénoncé par plusieurs audits commandés par la Banque mondiale Banque mondiale Institution intergouvernementale créée à la conférence de Bretton Woods (1944) pour aider à la reconstruction des pays dévastés par la deuxième guerre mondiale. Forte du capital souscrit par ses membres, la Banque mondiale a désormais pour objectif de financer des projets de développement au sein des pays moins avancés en jouant le rôle d’intermédiaire entre ceux-ci et les pays détenteurs de capitaux. Elle se compose de trois institutions : la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), l’Association internationale pour le développement (AID) et la Société financière internationale (SFI). La Banque mondiale n’agit que lorsque le FMI est parvenu à imposer ses orientations politiques et économiques aux pays demandeurs.
(En anglais : World Bank)
. En effet, au cours d’une négociation très opaque, le groupe Lundin obtient la majorité des parts de deux gisements miniers parmi les plus grands du monde en échange de 250 millions de dollars. L’État congolais ne recevra au final que 50 millions de dollars car, en 1997, le pouvoir change de main en RDC et le pays va connaître une longue période de conflits. L’instabilité politique sera mise à profit par Lundin, visiblement en manque de liquidité Liquidité Capacité d’avoir des fonds disponibles pour payer au moment opportun fournisseurs, créanciers, salariés, caisses sociales, etc.
(en anglais : market liquidity ou cash)
, pour invoquer la clause de "force majeure" du contrat. Résultat : le développement des mines du Katanga fut arrêté pour reprendre en 2005 avec l’entrée au capital Capital Ensemble d’actifs et de richesses pouvant être utilisés pour produire de nouveaux biens ou services.
(en anglais : capital, mais aussi fund ou wealth)
d’une nouvelle compagnie américaine, Phelps Dodge - lequel va exiger la renégociation à la baisse du contrat de joint-venture. Ainsi, Phelps Dodge ne devra investir que 100 millions de dollars pour prendre 57,75% des parts de l’entreprise. De son côté, la Gécamine se voit encore un peu plus marginalisée (17,5% des parts) sans que l’État congolais et son peuple n’aient reçu une contrepartie financière correcte dans la privatisation de leurs deux gisements du Katanga. Outre cet accord déséquilibré et le retard pris dans la production (la première extraction est seulement prévue pour 2009), le rapport met également en lumière les promesses faites aux communautés locales (compensation pour la terre, éducation, emploi…) par le groupe suédois. Des promesses qui selon le rapport sont restées pour la plupart lettre morte.

Source : Communiqué de presse IPIS du 19 février 2008 annonçant la publication de Risky Business : The Lundin Group’s involvement in the Tenke Fungurume Mining project in the Democratic Republic of Congo, Raf Custers et Sarah Norbrand, IPIS et Swedwatch, 2008. Pour télécharger le dossier complet, en anglais, 55 pages : http://www.ipisresearch.be/dbpdfs/20080219_Risky_Business.pdf