L’embrouille Prozac.


Vendredi 29 février 2008, GRESEA ASBL, 2199 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Voici deux ouvrages qui passent au scalpel les manœuvres de l’industrie pharmaceutique pour donner un cachet respectable et socialement nécessaire à leurs miraculeuses pilules du bonheur chimique. Le premier, publié en 2004 par le psychiatre britannique David Haley (Let them eat Prozac : The unhealthy relationship between the pharmaceutical industry and depression, New York University Press) révèle, sur la base de rapports secrets des fabricants, que le Prozac, contrairement aux affirmations publiques selon lesquelles ce médicament n’entraînait aucun effet secondaire, multiplie par deux ou trois le risque de suicide. Le Prozac, c’est du big business. Lancé en 1989 par Eli Lilly, le Prozac représentait dix ans plus tard 25% de ses 10 milliards de dollars de recettes. Mais ce n’est donc qu’à partir des années 2000, grâce à des gens comme Haley et après une étude de 5.200 pages de la Food and Drug Administration, que la vente de cette famille de molécules (les SRRI – selective serotonin reuptake inhibitor), couramment utilisée pour traiter la dépression chez les enfants, sera subordonnée en Grande-Bretagne à la publication d’un avertissement relatif aux risques de suicide. De son côté, Christopher Lane (Shyness – How normal behaviour became a sickness, Yale University Press) a cherché les raisons du succès de l’industrie du bonheur chimique : en Grande-Bretagne, les prescriptions d’antidépresseurs ont explosé, 9 millions en 1991, 24 millions en 2000. Ce succès-là n’est pas l’œuvre de l’industrie, mais des médecins et, surtout, des "experts" et comitards qui siègent dans les enceintes régulatoires : ce sont eux qui fournissent le "discours d’accompagnement" scientifique au marketing commercial. Comment ? En inventant et en multipliant de nouvelles et farfelues catégories de désordres mentaux (telle l’étiquette de "phobie sociale" pour quiconque aime la solitude), et ce, naturellement, par une approche purement symptomatique prêtant, à la grande joie de l’industrie, au traitement médicamenteux… On n’arrête pas le progrès.

Source : Times Literary Supplement n°5473 du 22 février 2008.