Prime antigrève chez GT Logistics (Turbomeca/Safran).


Vendredi 29 février 2008, Bruno Bauraind, 1872 signes.
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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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En France, dans un contexte social tendu, la multiplication des débrayages inquiète les directions. Celle de GT Logistics, un sous-traitant de Turbomeca (groupe Safran), le géant mondial de la turbine à gaz, semble avoir trouvé la parade. Début février 2008 s’ouvrait des négociations entre les syndicats et la direction de l’entreprise avec, sur la table, afin de revaloriser le salaire des travailleurs (entre 1.000 et 1.200 euros mensuel actuellement). La direction, sous la pression commerciale du géant des turbines, répondait par la négative à toutes les demandes syndicales. Une partie des travailleurs exaspérés a alors observé deux arrêts de travail, le 7 et le 11 février. Plutôt que de revenir à la table des négociations, la direction a proposé à ses salariés un "contrat de garantie de permanence de prestation chez Turbomeca". En d’autres termes, il s’agit pour l’entreprise de verser une prime de 1.000 euros aux travailleurs qui acceptent d’oublier leur droit le plus fondamental, celui de faire grève. Le contrat précise également que cette somme est remboursable en cas de non-respect dudit contrat. Outre son caractère anticonstitutionnel, la portée de ce type de contrat reste très floue. En effet, comme le fait remarquer l’avocate de la CFDT, l’ouvrier signataire devra-t-il rembourser cette "avance" en cas d’arrêt-maladie ? Rien ne prouve le contraire. Enfin, par cette forme de stratégie, ce n’est plus seulement le travail qui se voit agressé mais également la dignité des travailleurs. Comme en témoigne M. Prat, délégué CFDT, "60% des employés ont accepté le contrat. Ils m’ont dit : j’ai honte mais je ne peux pas faire autrement". Avec un salaire mensuel de 1.000 euros, la liberté du choix devient assez théorique.

Source : Le Monde du 29 février 2008.