Gresea Echos n°47, 3-2006

Responsabilité sociale des entreprises ; Code de conduite OCDE, On régule ?


Vendredi 29 septembre 2006, Gresea, 5193 signes.

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Gresea asbl (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative)

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Cela ira mieux demain ?
Des multinationales partout dans le monde certifient, logos sympas à l’appui, respecter l’environnement, les travailleurs, les bébés phoques, les minorités de tous poils et les Esquimaux. Et tout ceci sans rapport de forces ni lutte. Car les entreprises ont pris conscience des responsabilités qui leur incombent. L’OCDE, pour ne citer qu’elle, encourage cette salutaire évolution. Voilà pourquoi il ne lui a pas semblé opportun de doter d’un caractère contraignant les principes directeurs qu’elle a édictés en vue de réguler l’activité des multinationales.

Il y a peu, Agfa-Gevaert supprimait 2.000 emplois à travers le monde (893 chez nous). Cette courageuse décision a été saluée, comme il se doit, par les marchés financiers. Dès l’annonce du plan de restructuration, le titre Agfa augmentait de 9,5%. Nulle raison, par ailleurs, de s’en étonner car le chiffre d’affaires d’Agfa a augmenté, cette année, de 43% . C’est ce qu’on appelle manifester un très haut sens de la responsabilité à l’égard de ses actionnaires. Ce sens des responsabilités n’est pas le seul apanage, des décideurs de chez nous.

Au cours du mois de mai 2006, la petite ville slovaque de Rimavska Sobota (taux de chômage : 28%), avait cru dur comme fer que les mauvais jours étaient derrière elle. C’est que l’équipementier automobile allemand Dräxlmaier avait, en mars 2006, décidé d’y implanter une de ses filiales. A la clé, la de création 4.500 postes de travail. Hélas, l’intérêt de l’équipementier teuton pour la Slovaquie fut de très courte durée. C’est qu’en Roumanie, le salaire horaire est de 2,34 euros (50% de moins qu’en Slovaquie). Explication : Volkswagen, propriétaire à 99% des automobiles Audi (le plus gros client de Dräxelmaier), exerce de fortes pressions sur ses sous-traitants afin qu’ils réduisent leurs coûts de production . Loi du marché : dura lex.

En Angleterre, deux chaînes de supermarchés, Tesco et Sainsbury, ont entamé une enquête au sujet de leur principal fournisseur de fraises, S&A Davies. Ce dernier utilise, chaque année, 3.500 travailleurs originaires d’Europe de l’Est et de Russie. Salaire horaire : 7,30 euros. Pas vraiment mirobolant. De plus, soucieux du bien-être de son capital humain, S&A Davies lui procure un logement collectif à raison de cinq personnes par caravane. Loyer : 50 € par personne et par semaine. Au bout du mois, il ne reste pas grand-chose à nos cueilleurs de fraises. Aussi n’est-il pas rare que certains d’entre eux s’endettent vis-à-vis de leur employeur. Le management de S&A Davies rétorque : "Nous respectons la loi" . Et c’est bien là que le bât blesse : Agfa, Dräxelmaier et S&A Davies respectent les lois. Elles se conforment même parfaitement aux "normes" de l’OCDE. On ne voit donc pas ce qui les empêcherait de continuer sur leur lancée. D’un point de vue strictement juridique, s’entend.

Car, au niveau politique, il se pourrait que cela coince. Récemment, Ben Bernanke, président de la FED, admettait publiquement qu’un des enjeux de la mondialisation en cours consisterait à en partager de manière "suffisamment" large les bénéfices sous peine de voir une partie des travailleurs se mobiliser contre cette même mondialisation . Il est vrai que le salaire moyen dans les pays dits riches a, au cours des décennies passées, stagné voire régressé. Au Nord, les salaires des fonctions peu qualifiées sont comprimés du fait des délocalisations vers des pays à bas salaires . La boucle est bouclée, l’exploitation des uns suscitant celle des autres. Tout le monde est sur le même bateau. Logique : mêmes causes, mêmes effets.

Même silence aussi. Voilà pourquoi le GRESEA décortique, jour après jour, les mille et un petits faits que l’économie monde réellement existante suscite et … occulte. Ce laborieux exercice de déchiffrage et de défrichage donne lieu à un travail de compilation. Depuis septembre 2005, le projet BELWATCH, notre outil de monitoring des multinationales, relate les situations et les luttes expérimentées tant par les travailleurs du Nord que ceux du Tiers-Monde.

Travailleurs dont l’unité est plus que jamais la condition sine qua non d’une émancipation digne de ce nom.

Sommaire

  • Edito : L’économie c’est nous (Xavier Dupret)
  • Les grosses boîtes, on peut domestiquer ? (Erik Rydberg)
  • Normes OCDE, le pour et le contre (Reinford Mwangonde)
  • Un pas insuffisant (Sabine Ferenschild)
  • Au sujet des principes directeurs (Veronica Nilsson)
  • Actes du séminaire international du 29 mai 2006 : Le monitoring citoyen des entreprises : pourquoi, comment et avec qui ?
  • Pour en savoir plus (Marc François)
  • A lire

 


 

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