La Hongrie n’a pas très bonne presse chez nous. Lorsqu’elle fait parler d’elle dans les actualités, c’est en général parce que son gouvernement pose des actes qui ne cadrent pas très bien avec les "valeurs" de l’Union européenne. Y compris en matière de politique économique. Là, cela devient intéressant. Voici peu, rappelle le quotidien financier parisien Les Échos, le gouvernement hongrois a "porté les taxes sur les banques à un niveau sans équivalent en Europe et nationalisé les actifs des fonds de retraite." La Hongrie ne renfloue pas les banques, elle les taxe lourdement, et les "zinzins" comme on appelle familièrement les fonds de pensions, elle les nationalise. Est-ce traiter par dessus la jambe les valeurs européennes ? Il faut croire. Car le journal raconte que la "politique peu orthodoxe" du gouvernement hongrois lui a valu des "remontrances de Bruxelles et des investisseurs". Voilà qui vaut son pesant d’or. Il n’est pas fréquent que, de manière aussi franche, on signale l’identité de vue entre les "investisseurs" et la Commission européenne. Les mêmes valeurs, mettons. Mais, il y a mieux. Car si la Hongrie refait les titres de presse en ce mois de mars 2013, c’est parce que son gouvernement vient de nommer un nouveau patron à sa banque centrale, un "proche" du Premier ministre, qui plus est, un "partisan de la relance". Cela donne, dans le même journal, ce titre : "Le gouvernement hongrois défie à nouveau Bruxelles". Bigre ! Mais cela ne doit guère surprendre. Si cette nomination s’est faite "au grand dam de Bruxelles", c’est, poursuit le journal, "puisqu’elle remettait ainsi en cause l’indépendance de la banque centrale". Encore des valeurs européennes foulées au pied. Là, cependant, la Hongrie n’est pas seule sur le banc des accusés. Comme rappelle Les Échos, les banques centrales "sont de plus en soumises à la pression des gouvernements [on prend note du pluriel] pour relancer la croissance par des politiques monétaires « accommodantes »" et, à entendre Tom Mayer, économiste à la Deutsche Bank, cité en conclusion de l’article, c’est logique. Selon lui, en effet, "Le modèle d’une banque centrale poursuivant l’objectif unique de stabilité des prix est mort avec la crise financière." Si c’est çui-là qui le dit...

Source : Les Échos, 6 mars 2013.