Le recul en 2012 de l’aide que les pays riches destinent aux pays en développement n’a pas manqué de scandaliser. C’est moins 4% (moins 13% pour la Belgique) et c’est la deuxième année de suite que les pays riches sabrent dans ces "dons" figurant au budget de leurs politiques dites de coopération internationale. La fédération des ONG, CNCD-11.11.11, s’en est inquiétée en rappelant que la Belgique s’est fixé par loi un objectif d’aide de 0,7% de son Produit intérieur brut et que, là, elle s’en éloigne [1]. En passant : le recul des aides fournies par les "pays donateurs", comme il est usage de les appeler, pose un problème de terminologie. Comme David Sogge l’a relevé dans son portrait sans concession du "business de l’aide", les puissances occidentales ont "toujours insisté pour dire que l’aide ne doit et ne peut être vue comme une forme de compensation ou de réparation pour les préjudices infligés par le colonialisme" [2]. Dit autrement, les pays "donateurs" ne font d’une certaine manière que dédommager...

Mais ce qui doit inquiéter dans ces chiffres fournis par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, un think tank regroupant les pays riches) est qu’ils masquent un recul bien plus important, bref que ces chiffres sont trafiqués. Trafiqués par l’OCDE mais comment ? En qualifiant d’aides les "dons" inclus à hauteur de 25% dans des prêts ô combien rémunérateurs puisque ceux-ci sont pour leur part calculés à un taux d’intérêt de 10% venant annuler... tout effet de don (10% : fantastique lorsqu’on sait que les banques centrales occidentales appliquent un taux voisin de zéro). Cette petite mascarade a permis "en 2011, à l’Allemagne, la France et la Banque d’investissement européenne d’enregistrer pour plus de 2,5 milliards de dollars de prêts à des taux supérieurs à leur coût de financement" et à la France de déclarer publiquement que "ses prêts à l’Inde ne coûtent rien au contribuable", bref ne constituent en rien des aides tout en étant catalogués comme tels. L’amusant, ici, est que cette mise au point vitriolée provient, dans une lettre adressée au Financial Times du 10 avril 2013 [3], de Richard Manning, qui n’est autre que le président du Comité de l’aide au développement (CAD), qui n’est à son tour rien d’autre qu’un satellite de l’OCDE – et que Manning conclut sa missive en déclarant que "si l’OCDE s’avère incapable de quelque professionnalisme en la matière, il serait opportun que les Nations unies prennent en charge le rapportage sur les flux internationaux de l’aide." Mieux vaut tard que jamais...