Le dernier rapport de la Cnuced [1] sur les PMA [2] dresse un bilan peu flatteur des politiques de réduction de la pauvreté. Malgré des projections de croissance plus élevée dans les PMA qu’ailleurs en 2013 (5,7% en moyenne dans les PMA contre 5,3% dans les PED [3] et 3,3% au niveau mondial), celle-ci ne permet pas de progrès significatifs.

La démographie est un facteur d’explication : le PIB national a crû dans la plupart des PMA mais le PIB par tête a lui stagné ou diminué du fait de la poussée démographique. La réduction de l’aide allouée joue aussi sur les résultats mitigés dans les pays pauvres. Moins 12% en 2012 par rapport à 2011. La plus forte coupe en termes réels depuis 1997.

Outre la démographie et l’aide au développement, un certain nombre d’indicateurs pourraient tout de même laisser penser que des progrès sont à l’œuvre (volume record des investissements de type IDE, progression du commerce Sud-Sud, croissance soutenue), mais il s’avère que les populations n’en sont généralement pas les bénéficiaires.

Ceci s’explique par le fait que, depuis deux décennies, les réformes menées ont été basées sur l’idée que "l’austérité macroéconomique, la libéralisation rapide, les privatisations et la déréglementation attireraient les investissements en quantité suffisante" pour créer de l’emploi et des revenus. Mais le lien entre croissance, emploi et réduction de la pauvreté n’est pas aussi évident que les théories du ruissellement l’affirment. Au contraire, la Cnuced relève dans certains cas une croissance accompagnée d’une hausse du chômage, des inégalités sociales et de la pauvreté.

En fait, comme l’analyse l’étude, une question centrale est celle du contenu de la croissance en emplois et en capital. Et là, le constat devient plus clair. La part de l’agriculture, forte pourvoyeuse d’emplois, s’est réduite dans les PMA depuis 1999 (de 31 à 25% du PIB), tandis que celle de l’industrie manufacturière, également demandeuse de main-d’œuvre, stagnait (10% du PIB des PMA et 7,5% des PMA africains). C’est en fait le poids des industries non manufacturières – mines, pétrole, gaz - hautement mécanisées, qui a le plus tiré la croissance.

Selon le rapport, les investissements privés dans le secteur extractif auraient même parfois tendance à faire reculer le potentiel de création d’emplois. La Cnuced indique en effet que la rente liée à l’exploitation des matières premières, tant qu’elle ne sera pas mieux redistribuée, ne permettra pas l’émergence d’une demande intérieure susceptible de dynamiser l’économie et donc l’emploi.

La fiscalité des industries extractives est également évoquée. Elle devrait, toujours selon la Cnuced, permettre d’attirer les investisseurs étrangers, mais aussi et surtout bénéficier aux populations via les recettes fiscales et des investissements publics ciblés dans des activités créatrices d’emploi et de valeur ajoutée – agriculture et industrie manufacturière d’abord. Reste à espérer pour les PMA que ce rapport sera suivi d’effets....

Source : CNUCED(2013), The least developed countries report 2013. Disponible ici (en anglais) : http://unctad.org/en/PublicationsLibrary/ldc2013_en.pdf

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