La vie des travailleurs du textile au Bangladesh, informe le Financial Times du 30 juillet 2010, va connaître un léger mieux. Ils sont deux millions et demi et leur labeur n’est pas destiné à vêtir leurs compatriotes, tout cela part garnir les rayons de Marks and Spencer, Wal-mart, H&M et Carrefour. Mais donc, grâce à un mouvement de grève résolu, leur salaire minimum va passer de 17,6 euros à 32,9 euros par mois. Cela permet un petit calcul à l’emporte-pièce. La valeur annuelle des exportations de textile du Bangladesh s’élève à 1,9 milliard d’euros. De ce montant, en extrapolant, les travailleurs obtenaient 528 millions d’euros (au taux salarial de 17,6). Où est passé le reste, les 1.372 millions faisant la différence ? Serait-ce une question indiscrète ?* Dans la même édition, le quotidien annonce en première page que les grands groupes industriels ne se sont jamais mieux portés : revenus en hausse de 438% chez Volkswagen, 244% chez BASF, 173% chez Repsol, 93,5% chez Royal Dutch Shell. Curieuse crise. Dont, dans les mêmes pages, Philips Stevens dresse un bilan plutôt assassin. Que reste-t-il des grandes déclarations (Sarkozy, Merkel & Co.) promettant assainissement, contrôle et régulation du secteur financier ? En un mot, rien. Les centaines de milliards de dollars d’actifs toxiques qui plombaient voici peu les banques "ont été empilées sur les déficits publics" et "les ménages paient la facture des banques au travers d’impôts augmentés, des services publics détériorés et d’un chômage plus élevé". Vouées aux gémonies, les agences de notation sont – les chiens aboient, la caravane passe – à nouveau "les maîtres" du jeu et le Comité de Bâle, chargé de contraindre les banques à plus de prudence, vise pour cela l’horizon 2018… Les dirigeants politiques occidentaux, résume Stevens, restent presque partout "sous l’emprise des marchés financiers mondiaux". C’est la vie comme elle va.

* Voir aussi le communiqué de la Campagne Vêtements propres "Bangladesh - Industrie de l’habillement : Augmentation dérisoire du salaire minimum" du 30 juillet 2010 (http://www.vetementspropres.be/ ).