Il est toujours difficile de réagir à chaud à une restructuration d’une telle ampleur. Près de 6.000 emplois, si on prend en compte la sous-traitance, vont progressivement disparaître chez Caterpillar à Gosselies à partir d’avril 2017.

Dans les prochains jours, on ergotera sur le "coût salarial" belge ou sur des syndicats ouvriers soi-disant trop revendicatifs qui auraient mis en danger l’avenir du site. Pour que ces arguments soient recevables, il faudrait que le coût salarial belge soit fortement différent du français (le site qui accueillera une partie de la production de Gosselies est à Grenoble).

Pour ce qui est des dangereux syndicalistes, ils ont, ces dernières années, fait de multiples concessions afin de conserver l’emploi par la concertation sociale. En témoigne, la quasi-absence de jours de grève lors de la restructuration de 2013 qui avait déjà coûté près de 1.300 emplois.

Par contre, il est urgent de poser la question du modèle de développement économique qui sous-tend le drame social à l’œuvre dans la région de Charleroi.

Caterpillar Inc. est une multinationale composée de près de 250 filiales à travers le monde. Comme le montre le premier graphique ci-dessous, Caterpillar va mal. Les ventes du groupe diminuent à cause du ralentissement de la croissance mondiale et des dépenses en travaux publics. La hausse du chiffre d’affaires du groupe entre 2009 et 2012 est lié à des rachats d’entreprises existantes et pas à une croissance interne.

Chiffre d’affaires du groupe Caterpillar

Les bénéfices du groupe Caterpillar suivent la même tendance que le chiffre d’affaires.

Bénéfices du groupe Caterpillar

Par contre, le troisième graphique montre que, hormis en 2013, les dividendes versées aux actionnaires prennent la direction inverse des ventes et des bénéfices, pour atteindre 1,2 milliards de dollars en 2014 (43% des bénéfices cette année-là).

Dividendes versées par le groupe Caterpillar

Un groupe qui vend moins mais qui distribue plus d’argent à ses actionnaires – des fonds de pension et d’investissements anglosaxons -est un groupe qui doit nécessairement faire des économies ailleurs…à Gosselies par exemple. Si le coût du capital n’explique pas tout, il mériterai au minimum d’être interrogé. Tout comme ceux qui assènent, jour après jour dans les médias, que l’investissement direct étranger est la voie royale vers le développement économique !