L’affaire paraissait conclue. Depuis trois mois, la direction de l’anglo-australien Rio Tinto, troisième groupe minier mondial, s’est faite l’avocate ardente d’une offre du sidérurgiste chinois Chinalco pour soudain faire volte-face – à ses risques et périls comme titrait le Financial Times : "Rio pourrait regretter d’avoir débarqué son soupirant avec une hâte indécente". Rétroactes. Ployant sous une dette de 39 milliards de dollars (due à l’absorption de son rival Alcan en juillet 2007), largement supérieure à sa valeur en Bourse (36 milliards), Rio Tinto ne pouvait que se réjouir de l’offre d’une injection de quelque 20 milliards faite en février 2009 par son client chinois Chinalco. Les actionnaires institutionnels britanniques ne l’ont pas vu de cet oeil, ni le personnel politique australien qui mènera une campagne protectionniste avec le slogan : "Gardez l’Australie australienne !". Voir une entreprise chinoise obtenir 18% du capital de Rio Tinto, deux sièges sur quinze au conseil d’administration et un accès privilégié à la précieuse ressource minière (but de la manœuvre, bien sûr), voilà qui était intolérable. Et, in extremis, le 5 juin 2009, Rio choisira donc l’option de l’augmentation de capital (10 milliards) et d’une synergie avec son concurrent et numéro un mondial BHP Billiton, lui apportant encore 6 milliards de dollars. Rideau ? Pas vraiment. Du côté chinois (le pays absorbe près de 50% des exportations mondiales de minerai de fer...), on a déjà laissé entendre qu’ils "auront leur revanche". Et puis, garder à l’esprit que, en arrière-plan de ce dossier, se poursuit un autre combat entre titans. D’un côté, le groupe des sidérurgistes et, de l’autre, les groupes miniers, tous deux dominés par une poignée d’oligopoles. Depuis 40 ans, ces deux groupes entrent chaque année, dans le plus grand secret, dans des négociations sur le prix du minerai au terme desquelles le premier accord intervenu vaudra cours officiel pour tous les autres pendant douze mois – c’est en contradiction totale avec les théories de la libre fixation des prix par le marché mais, cela, c’est bourrage de crâne pour écoliers. Or, là aussi, volte-face. Violant la règle tacite depuis 2005 voulant que la Chine soit le premier à conclure un accord, en sa qualité de n°1 mondial (444 millions de tonnes importées en 2008, plus que l’Europe et le Japon ensemble), Rio Tinto s’est entendu avec le japonais Nippon Steel sur un prix (72,50 dollars la tonne, fret inclus, soit une baisse de 7%) jugé inacceptable par les Chinois, qui demandent une baisse d’environ 45% afin de ramener le prix du minerai de fer à son niveau de 2007. Cette revendication, faite au nom d’un commerce équitable et d’une appréciation "reflétant les conditions objectives" du marché, a été réaffirmée comme la position officielle de la Chine le 31 mai 2009.


Souce : Financial Times des 12 et 26 février 2009, du 22 et 27 mai 2009 et du 6 juin 2009,
le Figaro du 18 mars 2009 et le Wall Street Journal du 5 juin 2009.