En une décennie, Vincent Bolloré s’est construit un empire intégré dans les médias en France. Participations dans Bouygues et Pathé dès la fin des années 90. En 2004, il entre dans le capital de l’entreprise de communication Havas. Avec seulement 20% du capital, il renverse la direction en 2005 et restructure le groupe. Bolloré est également, depuis 2005, présent sur le petit écran avec la chaîne de télévision Direct 8. En 2007, il développe en partenariat avec Le Monde (30% du capital) un second quotidien gratuit, Direct Matin. Après Direct Soir créé en 2006, la boucle est bouclée. Il continue ses emplettes en entrant au capital de la société américaine de sondage, Harris Interactive, et en acquérant en 2008, l’intégralité du capital de l’institut CSA, première société de sondage "indépendante" en France. Aujourd’hui, Vincent Bolloré est à la tête d’un système sophistiqué de holdings internationaux en cascade à l’abri desquels il finance ses projets dans les médias. Son objectif : éviter une dilution du capital tout en écartant le risque d’un endettement trop important auprès du secteur bancaire. Comment alors, sans passer ni par la Bourse, ni par la banque, financer de telles acquisitions à partir d’une petite entreprise de papier à cigarettes en difficulté, héritée de son père en 1981 ? Les fonds propres nécessaires à une mainmise sur le paysage médiatique français, Vincent Bolloré va les trouver au Sud, et particulièrement en Afrique. En 1997, le holding Bolloré acquiert le groupe Rivaud, présent dans l’immobilier et les plantations en Afrique, en Asie et en Amérique latine au travers d’un faisceau de sociétés. Les plantations des terres rouges, Forestière équatoriale, Compagnie du Cambodge, Mines de Kali Sainte-Thérèse ou encore des entreprises actives dans le secteur portuaire africain, autant de vestiges de l’empire colonial français qui vont permettre au groupe Bolloré d’investir dans les médias ou la voiture électrique en Europe sans se mettre sous le joug des banquiers. Ainsi, en juin 2008, malgré de multiples investissements, la dette nette du groupe s’élevait à 1,4 milliard d’euros, moins de 50% des fonds propres du groupe... Les ressources naturelles du Sud qui servent à financer l’information des citoyens au Nord, en passant par un goulot d’étranglement nommé Bolloré Participations, le club des actionnaires du groupe dont personne ne connaît exactement les membres, voici une certaine conception de la transparence.

Source : Investir du 4 avril 2009. Sur les activités du groupe Bolloré en Afrique, voir Bolloré l’africain et le "multimodal intégré" sur l’Observatoire des entreprises à l’adresse : http://www.gresea.be/spip.php?article271