Privatisé et dépecé dans les années nonante, le rail britannique poursuit sa lente dérive au gré des bons et mauvais vents financiers. Son matériel roulant, quelque 14.000 motrices, voitures et wagons, est devenu la propriété d’opérateurs privés qui les utilisent pour garnir leurs marges ou, histoire de dégager des liquidités, s’en dégarnir. La banque espagnole Santander, qui en possède 5.500 véhicules via son département de leasing Porterbrook, s’apprête à les vendre pour 2 milliards de livres à la Deutsche Bank. La banque britannique HSBC, dont les 4.000 véhicules desservent notamment la liaison Londres-Edinburgh, cherche de son côté preneur, par l’entremise de Rothschild, pour s’en débarrasser pour le même montant. Pourquoi cela ? Parce que HSBC s’est aperçu que sa branche américaine détient pour 21 milliards de livres en actifs "toxiques" (subprime) qui démolit d’autant sa valeur boursière, d’où nécessité légale de raffermir ses réserves en capitaux propres. Reste Angel Trains, 4.500 véhicules : là, l’opération a déjà été menée à terme. Ils ont été vendus en 2008 par la Royal Bank of Scotland à la banque d’investissement australienne Babcock & Brown. Montant de la transaction : 3,6 milliards de livres. On marque un temps d’arrêt, là ? Une banque australienne, une banque allemande, une banque espagnole, sont-ce là des opérateurs disposant du savoir-faire et de l’expérience technique appropriés pour prendre des décisions sur l’avenir, la maintenance et le renouvellement des locomotives du réseau ferré britannique ? Affirmatif, répondront les fondamentalistes du marché qui font en Europe la loi en matière économique.

Sources : Sunday Times du 26 octobre 2008.