Doté de nouveaux moyens, et de lignes de crédit nouvelles, le Fonds monétaire international n’aimerait rien mieux qu’apparaître sous des habits neufs, le gentil Zorro de la relance mondiale. Passons sur les nouvelles facilités de crédit accordées à conditions aimables. Elles sont essentiellement destinées à pallier en Europe centrale et orientale l’étranglement du secteur bancaire (privatisé) victime d’un effet pervers du sauve-qui-peut général : il est dominé par des grandes banques de la Vieille Europe (KBC, Unicredit, Allianz, etc.) et, celles-ci ayant rapatrié leurs fonds, il faut les renflouer. Un regard sur les principaux bénéficiaires des largesses du FMI suffit pour s’en convaincre. En tête des dix premiers "clients" assistés par le FMI pour un montant de 32,9 milliards de DTS (environ 49,3 milliards de dollars ou 35 milliards d’euros), on trouve l’Ukraine et la Hongrie, qui raflent 65% de la manne [Les Echos, 24 avril 2009]. Sous d’autres cieux ? Business as usual. Au Zimbabwe, le FMI poursuit sa politique de boycott : pas un centime tant que le pays ne rembourse pas ses dettes antérieures [Financial Times, 11 mars 2009]. En Turquie, le gouvernement qui voit se fermer les portes des marchés des capitaux freine néanmoins des quatre fers pour éviter la main tendue du FMI et l’ingérence dans sa politique budgétaire qu’elle symbolise : "Nous devons continuer à investir et à créer des emplois" dit le Premier ministre Erdogan [Financial Times, 16 mai 2009]. En Moldavie, confronté à l’ingérence de l’Union européenne, le gouvernement communiste risque, vu le déficit budgétaire d’un milliard d’euros, de voir s’y ajouter celle, convergente, du FMI [Financial Times, 29 mai 2009]. Au Ghana, victime comme d’autres pays africains de la récession mondiale, on a la mémoire longue, on se souvient que le FMI, depuis détesté, avait obligé à imposer aux citoyens la "vérité des prix" dans la distribution de l’eau, de supprimer les subsides à l’électricité et de financer les services de base par les usagers plutôt que collectivement, par la fiscalité : la "nouvelle" politique du FMI consiste aujourd’hui à laisser au gouvernement les mains libres pour... sabrer lui-même dans ses dépenses, poser lui-même le pistolet contre sa tempe [The Guardian,18 avril 2009]. Au Congo, c’est mieux encore. Le FMI ne consentira à annuler ses créances que si le Congo remet en cause l’accord (évalué à 6,6 milliards d’euros) passé avec la Chine et, donc, renoncer aux importants travaux d’infrastructure (route, rail, école, hôpitaux) programmés en échange de concessions minières [Financial Times, 15 mai 2009]. La haine de l’Occident, disait Jean Ziegler : le FMI nouveau lui donne de nouveaux arguments...