Jusqu’il y a peu, l’éthanol aux États-Unis, c’était le rêve éveillé. Grâce à ce nouveau carburant, on allait lutter contre le réchauffement climatique, déverser de gros profits dans les portefeuilles des fermiers américains et, surtout, supprimer cette satanée dépendance de l’économie américaine aux champs pétrolifères moyen-orientaux. Dans cet ordre d’idées et poussé dans le dos par le désormais très puissant lobby de l’éthanol (Renewable Fuel Association), le Congrès américain ratifiait l’Energy Bill (loi sur l’énergie) de 2005. Cette loi crée de toutes pièces un gigantesque marché pour l’éthanol donnant pour objectif à l’industrie de mélanger 28 milliards de litres d’éthanol de maïs à l’essence d’ici à 2012. Des nouveaux marchés, même fictifs, les spéculateurs adorent ça. Ainsi, dès 2005, un fonds d’investissement appartenant à Bill Gates prend 27% des parts de Pacific Ethanol, un producteur californien, pour 84 millions de dollars. Greenlight Capital et Third Point, deux "hedge funds" new-yorkais injectent, eux, près de 75 millions de dollars dans BioFuel Energy, une entreprise du Colorado. Résultat : le prix "futur" sur le marché à terme va quadrupler en 12 mois et, entre 1999 et 2007, le nombre d’usines de production d’éthanol sur le sol américain passe de 50 à 110 avec 76 nouvelles unités toujours en construction. Pour les premiers producteurs et investisseurs, le boom sera une aubaine. Cependant, dans leur ruée vers les champs du Midwest, les spéculateurs de Wall Street ont oublié quelques "fondamentaux". Pour qu’il y ait un marché, il faut une demande… Et patatras, l’aiguille est dans la bulle. Les consommateurs US ne peuvent pas absorber tout l’éthanol d’un marché complètement inondé et, en seulement trois mois, le cours de bourse plonge de 15 dollars le litre en juin 2007 à 7 dollars en septembre. Pour ceux qui n’ont pas retiré leur mise à temps, c’est la dégringolade. Ainsi, sur les 84 millions de dollars investis, Bill Gates en a déjà perdu près de 40… Cette pilule amère sera cependant plus facile à avaler pour lui que pour les producteurs d’éthanol et leurs salariés. Car, confrontés à l’explosion du prix de la matière première et aux retraits des investisseurs, ce sont les acteurs de l’économie réelle qui trinquent en dernier ressort.


Source : Financial Times du 22 octobre 2008.