L’ampleur et la folie de la crise financière mondiale née de la bulle immobilière américaine – et, pour mémoire, du "marché mafieux" qui la sous-tend [dixit François Chenais, Monde diplomatique, novembre 2007] – sont encore loin d’avoir produit, de manière visible, tous leurs effets. Comme indique Gillian Tett, les spéculateurs de Wall Street n’en dorment pas [Financial Times, 28 novembre 2007]. Pour l’ampleur, tout cela reste encore assez souterrain. Mais on a, déjà, une idée de la folie. Tel fonds spéculatif californien (hedge fund), Lahde Capital, a déjà réussi à extraire un retour sur investissement de 1.000% sur l’achat-revente d’actifs immobiliers pourris, donc sur la misère d’autrui – tout en se détournant aujourd’hui, sagement, du secteur financier. Avec ce verdict : "Notre système banquier entier est un désastre. S’ils devaient coter en bourse leurs actifs, ils seraient tous en faillite." [Financial Times, 26 novembre 2007]. Cela s’explique. Comme rappelle Martin Wolf, le secteur bancaire est, par définition, sous-capitalisé, et aujourd’hui plus que jamais : en Grande-Bretagne, ses actifs ne couvrent que 4% des créances exigibles par les tiers [Financial Times, 28 novembre 2007]. D’où, avec la bulle, problème aigu de solvabilité. Que recommandait voici peu Investir, le magazine des boursicoteurs français ? En style télégraphique, ceci : "Nous restons plus que jamais réservés à l’égard des valeurs du secteur. Vendre BNP Paribas, vendre Société Générale, vendre Crédit Agricole. Rester à l’écart de Natixis." [Investir n°1767, 17 novembre 2007]. Vu du balcon, c’est un amusant roman policier.