Pendant près de deux semaines, en août, le suspense aura été intense. Places financières mondiales en chute libre. Des centaines de milliards d’euros d’argent frais injectés par la main divine de la Banque centrale européenne (l’argent pousse sur les arbres !) dans un système bancaire tétanisé par le risque de faire de mauvaises opérations, plus personne n’ose faire confiance à personne. Au passage, révélation : une banque aussi solide que la BNP Paribas a, elle aussi, comme tant d’autres, d’Allemagne jusqu’en Australie, joué à la roulette russe en investissant dans la bulle du crédit immobilier américain à risque. La parenthèse s’est refermée, provisoirement, lorsque la Fed, la banque centrale américaine, a rouvert les robinets de l’argent facile : les spéculateurs ont pu souffler, c’est reparti pour un tour. De longue durée ? Le chroniqueur et économiste américain Paul Krugman a eu ce mot rafraîchissant : "Je ne compterais pas là-dessus." [Int’l Herald Tribune, 11 août 2007]. C’est que les "fondamentaux" demeurent radicalement disjonctés, comme Le Canard Enchaîné [15 août 2007] l’a bien résumé : les marchés financiers exigent des entreprises une rentabilité de 15%, le système bancaire suit le mouvement en augmentant la masse monétaire (via des crédits) à même proportion, tandis que le PIB mondial, lui, ne croît en moyenne que de 5% par an : sur la durée, c’est forcément intenable. Que dit l’historien à ce sujet ? Ecoutons Eric Hobsbawm : "Ce qui s’est passé, comme si souvent lors de booms du marché libre, c’est que, les salaires étant à la traîne, les profits ont crû de manière disproportionnée et les gens prospères ont reçu une plus large part du gâteau national. Comme la demande collective n’est pas en mesure de suivre les gains rapides de productivité (...), surproduction et spéculation en seront le résultat. Ceci, à son tour, déclenchera le krach." [Age of Extremes, Hobsbawm, 1994, éditions Abacus, 1997, p. 100]. Là, il parlait de la Grande Crise, celle des années trente. Mais, surproduction, spéculation, salaires comprimés, profits galopants et inégalités croissantes : il y a là plus qu’un air de ressemblance... [!sommaire]